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Le Führer a également envisagé la voie diplomatique avec les Alliés pour pouvoir se retourner contre son ancien allié Russe. Cela paraît plus qu’improbable. En effet, la Luftwaffe n’aligne plus en 1943 que 500 appareils. Depuis l’été 1943, 22 divisions ont été détruites ainsi qu’une brigade, 8 divisions ont été réduites à 25 % de leurs effectifs et 61 divisions à 50 %.
L’année 1944 voit la situation empirer, du fait de conditions météorologiques favorables, et notamment le gel du sol. En effet, la Stravka lance une série d’offensives sur ses ailes. En Ukraine, les Russes prennent Kovel et le Bas Dniepr en janvier. Durant la même période, une offensive dégage Leningrad et contraint les Allemands à une retraite de plus de 250 kilomètres. A la mi-avril, l’Ukraine est libérée ainsi qu’une partie de la Moldavie. Le 8 avril, commence le nettoyage de la Crimée qui s’achèvera le mois suivant par la prise de Sébastopol (les Allemands y perdront 110 000 hommes).
Ainsi, en 4 mois, l’Armée Rouge aura-t-elle libéré 329 000 kilomètres carrés et plus de 2 000 0000 d’habitants. Durant la même période, la machine de guerre soviétique a pris des proportions gigantesques. Les seuls premiers mois de 1944 ont vu la production russe de blindés et de canons automoteurs augmenter de 77%, celle d’avions de 68%. De plus en cette année 1944, les nouveaux blindés russes, parade aux Tiger, KoenigsTiger, et PanzerKampfWager V Panther, ainsi que les nouveaux avions de la deuxième génération tels le Yakovlev Yak-9, sortent à vitesse accélérée des usines de Sibérie. L’Armée Rouge est de mieux en mieux commandée et équipée. Et seuls quelques officiers compétents comme von Manstein ont pu empêcher une rupture complète du front.
Le pire a donc été évité pour l’Allemagne, mais ses alliés commencent à douter en voyant les Russes à leur porte. Dès février 1944, le gouvernement finlandais cherche à traiter avec l’URSS mais ses demandes d’armistice sont refusées. Du coté des Alliés occidentaux, la peur de voir les russes déferler en armes sur les plaines d’Europe occidentale s’accentue avec chaque nouvelle victoire de l’Armée Rouge. « Aucune armée au monde, même la plus déterminée ne pourrait résister longtemps face à 10 millions de Russes déferlant en Europe [… et soutenus par la machine de guerre soviétique ] ».
En juin 1944, l’Armée Rouge a donc un avantage quantitatif considérable, et qui ne cessera de croître avec le temps, devenu l’ennemi des Allemands, et les matériels des forces soviétiques égalent voire surclassent leurs homologues teutons. L’offensive, qui se veut fatale au Nazisme, débutera le 22 juin 1944, date anniversaire de Barbarossa, la plus importante offensive allemande de la guerre et date de leur plus grand succès. Il en faudrait un au moins aussi important pour que les forces soviétiques puissent enfin libérer la totalité de leur territoire national. La libération de la Biélorussie, outre un avantage moral, permettrait d’ouvrir les routes les plus directes vers Berlin. Avec tous les atouts en main, les stratèges de la STRAVKA préparent un programme décisif pour 1944.
Situation stratégique
La carte du front oriental présente deux larges saillants formant un S inversé, l’un, à l’est est contrôlé par les forces allemandes, et l’autre, conquis à l’automne et à l’hiver précédent est tenu par les forces de l’Armée Rouge. La position allemande en Biélorussie est assez avantageuse. En effet, elle leur permet de défendre l’accès à la Prusse orientale par la Pologne, et de protéger le flanc Sud du Groupe d’Armées Nord, situé dans les états Baltes. De plus, cette position permet aux Allemands de menacer les flancs et les arrières de l’Armée Rouge, au sud des marais du Pripet, interdisant ainsi toute offensive russe vers Lvov et la frontière hongroise. Ainsi, la destruction du front de Biélorussie ouvrirait les routes les plus courtes vers Berlin, tout en libérant les derniers territoires de l’U.R.S.S. encore aux mains des Allemands, et la Pologne. Cette avancée mettrait le flanc du Groupe d’Armées Nord et du Groupe d’Armées Nord d’Ukraine en danger. Enfin, une telle avancée impliquerait la destruction du Groupe d’Armées Centre, ce qui précéderait à l’effondrement complet de l’armée allemande.
Après les offensives russes de printemps, le Haut commandement allemand, l’OKH, suppose que les armées russes attaqueront vers Lvov et Lublin, ville polonaise favorable à l’URSS. Ces analyses stratégiques et les concentration blindées du 1er front d’Ukraine conduiront les allemands à masser 80% de leurs divisions blindées en face du saillant russe, avec la ferme intention de résister à tous les assauts et de rendre coup pour coup.
Néanmoins, malgré de grossières erreurs sur le plan stratégique, les Allemands ont compris à quel point est importante la défense de la Biélorussie. Ainsi, ils ont exploité au mieux chaque lac, chaque forêt, chaque marais … de la région pour arriver finalement à ériger un formidable système défensif, très important et solide. Les Allemands ont établi des lignes de défense et des positions fortifiées le long du Prout, du Dniepr, de la Bérézina et du Svislotch, ils ont installé d’innombrables systèmes de tranchées, s’appuyant les unes sur les autres. Les premières lignes étaient inclinées par rapport aux suivantes, afin de déstabiliser et de détourner l’offensive ennemie, tout comme des tranchées avancées, pourvues de tunnels de dégagement. Les lignes suivantes s’appuient sur le relief et de l’artillerie puissante laissée en retrait. Les villes et les agglomérations importantes ont été fortifiées pour servir de point d’appui et soutenir un siège prolongé. Mais ce dispositif, tout exceptionnel qu’il est, a des failles et de graves faiblesses. Le secteur Nord de Vitebsk, point d’articulation du Groupe d’Armées Nord et du Groupe d’Armées Centre, est à peine fortifié. Le Groupe d’Armées Centre lui même, ne dispose d’aucune réserve stratégique. Le commandement allemand compte pallier ce problème en relevant des unités fraîches sur les secteurs calmes du front ou sur la réserve de l’OKH.
Le front de Biélorussie sera néanmoins dégarni de ses meilleures troupes à cause de l’erreur des services de renseignement de la Wehrmacht. En effet, l’habileté du commandement soviétique à permis à l’Armée Rouge de masser d’importantes forces en Biélorussie, qui, venant du Sud et notamment de Crimée, n’ont pu être décelées par les Allemands. L’OKW s’accrochera encore à ces idées erronées lorsque des rapports dignes de foi, signalent que des forces soviétiques se préparent à lancer une offensive en Biélorussie arriveront.
« On pensait généralement que les Soviets feraient porter leur effort principal sur le front tenu par le Groupe d’Armées Nord d’Ukraine » Général Tippelskirch.
Ainsi, avant même le début des opérations, les armées russes avaient elle déjà remporté la bataille.
Elaboration du plan soviétique
La genèse de l’opération Bagration remonte au 15 avril 1944, il y avait alors 4 options :
- Une poursuite de l’offensive en Ukraine dont les avantages seraient de permettre l’occupation des pays alliés à l’Allemagne tels la Roumanie, la Bulgarie ou la Croatie. Mais cette solution ne permet pas, à cause de la géographie, l’acheminement rapide de renforts et du ravitaillement nécessaire à cette opération de grande ampleur.
- Une attaque massive à partir de Lvov vers les pays baltes qui permettrait de prendre les groupes d’armées Centre et Nord dans une gigantesque nasse. Mais cette opération demanderait plus de 3 000 000 d’hommes et une puissante logistique. De plus elle permettrait aux Allemands de masser leur réserve mobile en un seul point plutôt que de la voir fractionnée pour s’opposer à plusieurs axes d’attaque, comme au cours de toutes les offensives précédentes.
- Une offensive en Finlande avec prise du chemin de fer de Mourmansk puis des débarquements dans les pays Baltes. Mais cette action fut considérée comme trop limitée et hasardeuse car les U-Bootes dominent toujours la baltique et les pays Baltes sont très défendus.
- Une offensive en Biélorussie avec encerclement du G.A.Centre par le nord et le sud, option qui sera finalement retenue pour différentes raisons politiques et stratégiques.
Staline et son état major sont certains que l’ouverture d’un nouveau front à l’Ouest va accélérer la chute du Reich, il est donc impératif pour lui de conquérir le plus de territoires possibles. De plus, la libération de la Biélorussie, dernière partie de l’URSS encore aux mains des Allemands, permettrait une occupation rapide de la Pologne voire de Berlin si la guerre se prolongeait.
Staline se préoccupe beaucoup de la Pologne et au mois d’avril s’opposa à Churchill sur l’avenir de ce pays. En effet, il ne reconnaît pas le gouvernement polonais en exil à Londres.
En outre, l’offensive en Biélorussie comporte de nombreux avantages stratégiques, le saillant permet une manœuvre en tenaille et permet d’éliminer la menace qui pèse sur le nord du front ukrainien. De plus, les réseaux de communications assez denses permettront de donner l’élan initial.
Du 20 au 23 avril, différentes conférences réuniront Staline, Joukov et Vassilevski et le 28, 5 offensives sont décidées :
- une début juin en Finlande
- une mi-juin, une attaque frontale en Biélorussie
- début juin sur l’axe Lvov-Sodomir
- fin juillet sur l’axe Lublin-Brest
- en août au sud de l’axe Lasi-Kichinev
L’attaque principale en Biélorussie sera menée au nord par le 1er front de la Baltique et au sud par le 1er front de Biélorussie. La défense sera percée en 6 points :
- Nord de Vitebsk
- Sud de Vitebsk
- Nord d’Orscha
- Mogilev
- Nord de Bobruisk
- Sud de Bobruisk
La ligne Molodetchno-Stolsby devra être atteinte le 15 juillet puis la ligne Dauvagpils-Grodno un mois plus tard, donc une avance de 600 kilomètres en 51 jours. L’opération devra débuter le 19 ou le 20 juin. Le 20 mai, un nouveau plan voit le jour, issu d’un mémoire du général A.I.Antonov. Il prévoit l’encerclement du G.A.Centre grâce à une manœuvre en tenaille en direction de Minsk puis une attaque frontale sur la Disna, Molodetchno et Stolsby par 2 groupes de front, au nord le groupement A sous Joukov avec le 1er front de la baltique sous Bagramian et le 3e front de Biélorussie sous Tchernikhovsky. Au sud un groupement B sous Vassilievsky composé du 1er front de Biélorussie sous Rokossovsky et le 2e front de Biélorussie sous Zakharov.
Les 22 et 23 mai, une nouvelle conférence change le plan initial. Au nord le 2e front de la Baltique devra fixer la G.A.Nord tandis que le 1er front de la Baltique devra attaquer sur Polotsk et Lepel, assurant ainsi le flanc droit du 3e front de Biélorussie qui devra prendre Vitebsk et Orscha puis aller au sud-ouest pour contribuer à l'encerclement des forces allemandes à l’est de Minsk. Afin de donner au général Tchernikhovsky l’occasion d’accomplir cette mission, la Stavka lui attribuera la 5e armée blindée de la garde, unité d’élite.
Au sud, le 2e front de Biélorussie tiendra en respect l’ennemi à Moghilev. Pour assurer son flanc sud Rokossovsky obtient les 61e, 10e et 47e armées au sud du saillant.
Le 30 mai une nouvelle réunion eut lieu ou l’on donna à l’opération le nom de Bagration et comme objectif la ligne Molodetchno-Stolbsty.
Le plan soviétique
Les Soviétiques, étaient bien avancés en Pologne et il était naturel qu’ils reprennent l’offensive qui les avaient amenés près de Lvov et momentanément dans Kovel. Cependant, les Russes préfèrent déclencher leur offensive à partir de l’échelon le plus oriental de leur front, tout comme les Allemands l’avaient fait en 1942. Ils préférèrent une attaque en Russie Blanche, ou les Allemands étaient encore solidement accrochés sur leur sol. Néanmoins, ce choix était bien calculé, le secteur Nord étant moins avancé, les communications des armées russes y étaient mieux développées et plus performantes pour donner à leur attaque un important élan initial.
De plus, puisque ce secteur s’était révélé très puissant en 1943, il était peu probable que les allemands y envoient des renforts au détriment des autres fronts et secteurs, surtout la position la plus précaire, entre Kovel et les Carpates. La partie principale du secteur Nord avait résisté aux attaques des armées russes de l’automne et de l’hiver, mais ces derniers ont réussi à enfoncer deux coins près de Vitebsk et de Jlobine, qui pourraient servir de point de départ pour une action de levier.
En plus, l’ennemi en fuite, il serait plus facile d’effectuer une forte pression sur les arrières allemands à partir du saillant de Kovel. Dans ce dernier les armées russes se trouvaient à l’extrémité occidentale des marécages qui coupent en deux les armées allemandes. Fin mai, le plan soviétique est pratiquement prêt. Il prévoit une offensive simultanée contre Vitebsk, Orcha, Moghilev et Bobruisk, villes clés du dispositif défensif allemand de la ligne Vaterland. Ces positions sont évidemment à percer à tout prix au moyen d’une série d’attaques concentrées et massives, de façon répétitive, jusqu’à l’effondrement du dispositif allemand. Les forces allemandes des secteurs de Vitebsk et de Bobruisk seront encerclées et annihilées, afin d’ouvrir une brèche au sein du saillant biélorusse. Ensuite, le dispositif russe se portera au cœur même du saillant pour cerner les troupes allemandes stationnées sur Minsk.
Joukov et Vassilievski, comme d’habitude, auront la lourde responsabilité de coordonner les différents fronts. Joukov l’aile méridionale et Vassilevski l’aile nordique.
Dispositifs allemand et russe
Les armées allemandes alignent face à l’Armée Rouge 3 fronts (sans compter les fronts qui ne seront pas directement impliqués par l’offensive). Le front de Polotsk à Kovel est tenu par le Groupe d’Armées Centre qui aligne 4 armées (les IIe, IVe, IXe armées et la IIIe armée blindée) totalisant 50 divisions et 3 brigades. De plus, les Allemands peuvent compter sur une partie de la IVe armée blindée et l’aile droite du Groupe d’Armées centre, tout deux dépendants du Groupe d’Armées Nord d’Ukraine. Ainsi disposent-ils de 1 200 000 hommes, 10 000 canons, 900 chars de bataille et canons automoteurs, ainsi que de plus de 1 300 avions.
Le haut commandement russe quant à lui, sait pertinemment bien que l’offensive qui se prépare exige de gigantesques quantités de matériel, d'hommes, une puissante logistique et un excellent commandement. Il faut donc grossir les effectifs de toutes les armées qui vont passer à l’offensive et exploiter la victoire.
Le front a été entièrement réorganisé entre la Baltique et les marais du Pripet, qui comprenait alors 7 groupes d’armées ou fronts, le front de Leningrad sous le commandement de Govorov, à droite, à coté de lui, le 3e front balte de Masiennikov et du 2e front balte d’Eremenko. Les 4 fronts qui participèrent à l’opération furent du nord au sud le 1er front de la Baltique de Bagramian, qui avait réussi à avancer jusqu’au Nord de Vitebsk, le 3e front de Biélorussie sous Tcherniakhovsky, le 2e front de Biélorussie commandé par Zakharov, en face de Moghilev et Bobruisk, et le 1er front de Biélorussie sous les ordres de Rokossovsky.
Ainsi, en plus des forces des Ier, IIe et IIIe, fronts de Biélorussie et du 1er front de la Baltique, l’Armée Rouge dispose de 3 armées supplémentaires, dont une blindée, 1 corps d’infanterie et un de cavalerie, plus 5 corps cuirassés ou mécanisés. En outre, l’aviation reçoit 5 divisions supplémentaires et 11 corps aériens. De plus, tous les effectifs cités précédemment recevront régulièrement des renforts importants en canons automoteurs, artillerie mortiers et génie, qui viendront grossir les effectifs des régiments et des brigades des attaquants, face à des allemands ne pouvant compter sur aucune réserve.
Ainsi, entre début mai et fin juin, en un peu plus d’un mois, les effectifs des forces russes ont augmenté de 60%, l’aviation a vu son parc augmenter de 62%, l’artillerie ses pièces de 85%, tandis que le nombre de blindés a plus que triplé. Les 4 fronts (hormis l’aile gauche du 1er front de Biélorussie qui opère sur Kovel) alignent entre 124 et 166 divisions (selon l’appréciation de l’auteur) et environ 9 brigades d’infanterie, soit un total de 1 245 400 hommes, 28 600 canons, plus de 4 000 chars, canons automoteurs et d’assaut, et plus de 5 300 avions. En plus, la réserve de la STRAVKA est composée de la 2e armée de la garde et de la 51e armée, qui revient de Crimée après avoir achevé le nettoyage de la presqu’île.
En outre, l’Armée Rouge peut compter sur les canonnières de la flottille du Dniepr. Les trois mois de répit entre les offensives de printemps et d’été ont aussi permis à Joukov de remettre en l’état les communications ferroviaires à l’arrière du saillant ainsi que la plupart des moyens de communications, détruites par les allemands lors de leur douloureuse retraite.
Pendant tous les préparatifs de l’Armée Rouge, l’aviation soviétique s’est lancée dans des attaques massives de bombardement et de harcèlement loin derrière les lignes allemandes sur les aéroports de la Luftwaffe autour de Bobruisk, Brest Litovsk, Bialystok, Beranovitchi, Minsk et Pinsk. De plus, les quelques jours précédent l’offensive, les partisans portèrent une série de coups sur les réseaux ferroviaires du Groupe d’Armées Centre (plus de 10 000), coupant tout son ravitaillement et le paralysant plusieurs jours.
Les opérations
L’opération Bagration fut déclenchée le matin du 23 Juin 1944, sous le couvert d’un intense feu d’artillerie et d’un bombardement aérien massif, et toute la première partie fut aidée par la tactique de défense rigide du Führer. L’offensive commença par un puissant barrage d’artillerie qui s’abattit sur les armées qui dura toute la nuit.
L’offensive s’abattit sur le Groupe d’Armées Centre, commandé par Busch qui remplaçait Kluge, blessé dans un accident de voiture. Bien que l’offensive d’hiver soviétique n’ait pas réussi à percer les défenses dans le secteur, les Allemands savent bien qu’il s’en est fallu de peu et qu’un nouvel assaut en été, ou les conditions seraient favorables à l’attaquant, verrait les défenses allemandes percées. Dans l’attente de l’assaut, Busch aurait voulu se replier sur la ligne historique de la Bérézina, 145 kilomètres en arrière du front. Ce repli aurait sûrement déstabilisé l’offensive soviétique ; Mais c’était contraire aux principes d’Hitler et celui ci ne voulut rien entendre.
Tippelskirch, qui avait remplacé Heinrici à la tête des la IVe armée a pu amortir le choc grâce à un repli clandestin de faible envergure depuis ses positions avancées jusqu’au cours supérieur du Dniepr. Busch disposait de 800 000 hommes dans 63 divisions avec 900 chars 10 000 pièces d’artillerie et 1 300 avions. Ses forces incluent la IXe armée de Jordanie, la IVe armée de Tippelskirch et la 3e panzer de Reinhard. A cela s’ajoute la deuxième armée de Weiss. Mais les Russes annulèrent l’avantage de cette manœuvre en concentrant leurs efforts sur l’exploitation des saillants situés sur chaque flanc. Les forces russes du la troisième front de la baltique et des éléments du 1er avancèrent le 24 pour encercler Vitebsk et la 3e armée Panzer. Ils attaquèrent aussi Orsha et Moghilev.
Sur le flanc Nord, Vitebsk fut pris en tenaille entre les avances convergentes de Bagramyan du coté de Polotsk et de Tchernyakhovsky de coté d’Orsha le 25. Comme l’a écrit le général Tippelskirch :
" L’attaque au nord-ouest de Vitebsk était inquiétante ; elle nous prenait complètement par surprise, à la différence de ce qui se passait sur le reste du front, et frappait un endroit particulièrement faible de la partie la plus importante de nos lignes. "
La IIIe armée est alors emprisonnée avec 5 divisions. Les forces du 2e front biélorusse dégagèrent Mogilev, obligeant la IVe armée à fuir. Les éléments de pointe du 1er front biélorusse menaçant aussi d’encercler Bobruisk et la IXe armée. Le 26, les forces russes pénètrent les défenses de Vitebsk ou 5 divisions étaient encerclées depuis le 25. Une contre attaque désespérée fut organisée par les allemands, 8 000 hommes parvinrent à s’enfuir mais ils furent rattrapés et «détruits ».
Pendant la nuit, une partie des forces allemandes tentent de s’enfuir mais sont repoussés et laissent 28 000 hommes sur le terrain. Le même jour, Orsha et Moghilev sont prises par les troupes russes des 2e et 3e fronts biélorusses. Pendant ce temps, les troupes du 1er front biélorusse encerclent Bobruisk et 40 000 hommes du 41e corps Panzer. Mais des troupes de la 5e division Panzer arrivent en renfort à Minsk. Vitebsk tomba le 4e jour sous les coups répétés du 1er front de la Baltique, les Allemands y laissant 20 000 tués et 10 000 prisonniers et une grande brèche fut ouverte dans le front de la IIIe armée Panzer. Leur défaite les a chassé de la position clé qu’ils occupaient sur le flanc gauche du G.A.Centre, tandis que le gros de la Ière armée de la Baltique traversait sans s’arrêter la Dvina occidentale et pris Lepel.
De plus, la brèche dans l’armée allemande ouvrit la route à toute une armée blindée qui avancent vers la sud, a coupé la route Moscou-Minsk, en attaquant Borissov le 28, et menaçant les arrières de la IVe armée allemande qui avait résisté à la pression frontale de Zakharov. Ce dernier, à la tête du 2e front de Biélorussie, attaqua en direction de Moghilev, et perça le premier jour de l’offensive. Malgré le solide dispositif défensif allemand appuyé sur la Pronya, la Bosya, la Resta et le Dniepr, leurs lignes furent entièrement enfoncées et la ville, clé du dispositif allemand tomba le 28.
Bientôt, le danger sur le flanc de la IVe armée allemande fut aggravé par une offensive de Rokossovsky, à la tête du 1er front de Biélorussie, sur l’autre flanc, au nord des marais du Pripet, contre la IXe armée allemande. Il a pour mission d’envelopper Bobruisk. Ses forces débordent la ville par le nord et le sud-ouest en face d’une défense allemande acharnée et obstinée. Tous les efforts pour dégager ces troupes ont échoué. Bientôt, la IVe armée se trouvera débordée par le Nord et isolée de la IIIe armée blindée, par la prise de Borisov le 30, par Tchernyakhovsky qui avait franchi la Bérézina le 28.
Après avoir percé le front près de Jlobine, qui tomba également le 4e jour, il traversa la Bérézina et contourna Bobruisk, débordée par le Nord et le sud ouest, malgré une défense allemande acharnée, qui aurait pu constituer un obstacle. Les mâchoires se refermèrent sur la ville le 27, enfermant 5 divisions de la IXe armée. Comme à Vitebsk, les efforts pour dégager les troupes encerclées se soldent par un échec, et deux jours suffisent pour nettoyer les dernières poches de résistance. L’aviation a été très active lors de cette première partie de la campagne. Par exemple le 28, où 526 avions attaquèrent durant 1 heure 30 les restes de l’armée allemande. Chars et matériels flambent, les soldats démoralisés quittent leur unité et s’éparpillent dans les forets. Certains essaient même de traverser la Bérézina à la nage, mais ils sont massacrés à bout portant par les canonnières et les forces côtières de la flottilles du Dniepr. Les russes ont fait 24 000 prisonniers et le 29, les dernières poches de résistance sont annihilées.
Le gros du 1er front de Biélorussie avance à marches forcées vers la ligne Osipovitchi-Ouretchié-Liouban, repoussant au passage de violentes contre-attaques lancées par 2 divisions de Panzers qui arrivaient respectivement des Etats Baltes et d’Ukraine occidentale. Les Allemands ont ils encore une chance d’empêcher l’avance des Russes ?
Projets pour juillet
Les six premiers jours de la campagne ont donc été particulièrement néfastes pour les armées allemandes. Leur flanc est en déroute à Vitebsk et à Bobruisk, leur front réduit en pièces en Biélorussie et le front russe qui a avancé selon les endroits de 100 à 150 Kilomètres. Le G.A.Centre fait retraite vers l’ouest et toutes les tentatives de l’OKW pour établir une ligne d’arrêt sur la Bérézina échouent. Le 29, les avant-gardes de l’Armée Rouge ne sont plus qu’à une centaine de kilomètres de Minsk, tandis que le gros des forces de la Wehrmacht qui se replient en sont distantes de 130 à 150 kilomètres. Enfin, les troupes allemandes n’arrivent pas à rompre le contact avec les unités russes. Le moment est donc venu de lancer une nouvelle offensive pour encercler et liquider la IVe armée.
La STRAVKA a donc donné de nouveaux ordres concernant la tenue d’une nouvelle offensive aux différents fronts. Les 1er et 3e fronts de Biélorussie doivent foncer sur Minsk et une fois arrivés dans ce secteur, ils aideront le 2e front de Biélorussie à cerner et détruire la IVe armée allemande autour de la ville. En même temps, le 1er front de la Baltique et les éléments encore disponibles des 1er et 3e fronts de Biélorussie poursuivront à l’ouest, vers Chiaouliai, Kaunas et Varsovie, de façon à établir une sorte de front extérieur, au delà de la poche encerclée, et à détruire les réserves allemandes quand elles arriveront.
Les Allemands quand à eux doivent tenir à tout prix, alors même que la bataille de Normandie bat son plein, ils rappellent d’Europe occupée, d’Allemagne et des secteur calmes de Biélorussie des troupes fraîches.
Le 28 Juin, le feld-maréchal Busch et remplacé à la tête du Groupe d’Armées Centre par le feld-maréchal Model, qui conserve d’autre part le commandement du Groupe d’Armées Nord d’Ukraine. Il prend immédiatement des mesures énergiques pour rétablir la situation. En plus, commandant de deux groupes d’armée, il détache un certain nombre de divisions Panzer dans la fournaise de la Biélorussie. (A.N. Chimansky)
Des Panzers dans la fournaise
Mais rien n’y fait. Toutes ces unités fraîches sont détruites dès leur arrivée en Biélorussie. Le Groupe d’Armées centre recule toujours avec des Russes à leur trousses. Conformément aux ordre de la STRAVKA, les unités rapides des 1er et 3e fronts de Biélorussie foncent à toute allure sur Minsk, respectivement du nord et du sud. Confrontés à des poussées convergentes, les Allemands font tout pour sortir de la nasse le plus vite possible. Mais ils ne parviendront pas à éloigner la menace d’un encerclement. L’offensive énergique et puissante du 2e front de Biélorussie éparpille et décimes les forces allemandes en retraite.
Pendant ce temps, l’aviation soviétique attaque les concentrations allemandes et détruit les ponts et les bacs qui auraient pu aider les Allemands à franchir rivières et lacs. Peu à peu, l’OKH perd tout contrôle sur la IVe armée. Sans ralentir un instant, les innombrables forces russes, excités par leur victoire, foncent au cœur même du dispositif allemand. Le 2 juillet, les éléments mobiles de Rokossovsky atteignent Stolbtsy, 65 kilomètres à l’ouest du grand centre de communications de Minsk, coupant ainsi la voie ferrée menant à Varsovie.
L’exploitation de plus en plus habile de l’espace par les Soviétiques déjoua toutes les tentatives allemandes de contre attaques menées pour contrer cette avance foudroyante qui a fait avancer les Russes de 250 kilomètres en une semaine. De grandes quantités d’infanterie motorisée avançait à l’arrière des chars et exploitaient aux mieux le Blitz Soviétique. De leur coté, les forces de Tchernyakhovsky, partis du Nord-est, convergeait sur Minsk tout en menaçant également la route de Vilna. Entre ces deux pointes blindées, les troupes des réserves blindées de Rotmistrov s’engouffrent par la route Moscou-Minsk et firent leur entrée dans la ville le 3, après avoir parcouru près de 130 kilomètres au cours des 2 derniers jours. Ainsi, ils ont refermé la tenaille sur les 100 000 hommes de la IVe armée, qui se trouve prise au piège dans les forets à l’est de la capitale biélorusse : Minsk.
Mais en entrant dans la ville, les Russes découvrent des scènes d’une indicible horreur. Minsk n’était plus qu’un amas de ruines. Dans la grande rue, la rue des Soviets, il ne reste plus qu’une dizaine d’immeubles debout, sur les 332 entreprises d’Etat et coopératives, il ne reste que 19. Les bâtiments universitaires, comme la quasi-totalité des 78 écoles et instituts techniques, de la Philharmonie d’Etat, de 8 cinémas et de 25 clubs, les Allemands en retraite n’ont laissé que des décombres. Ils ont pillé les bibliothèques et la pinacothèque, détruit les cliniques, les hôpitaux, les jardins d’enfant et les crèches.
La vaste tenaille ainsi opérée ressemblait de façon troublante à celle exécutée par les allemands 3 ans plus tôt dans la direction opposée. Comme dans ce dernier cas, une partie seulement des forces encerclées parvint à s’échapper. En effet, des éléments de la 14e Panzer ont pu s’échapper, mais seulement entre 10 à 15 000 hommes sur un total de 40 000 hommes. Le lendemain, Bobruisk tombait.
Les forces de Rokossovsky ont tué 50 000 allemands, détruit 350 blindés et pris 2 600 canons et 20 000 hommes en moins d’une semaine. Les forces du 1er front biélorusse doivent maintenant achever la prise de la ville de Minsk pour encercler la 4e armée et la 9e armée. Comme dit plus haut, Borisov est prise le 30 par les éléments du 3e front biélorusse, obligeant la VIIIe armée à faire retraite, libérant ainsi la route de Minsk.
Le 2 les chemins de fer sont pris et coupés, et le 3, la ville est enfin libérée par les 1er et 3e fronts biélorusses et les Allemands sont emprisonnés par le 2e front biélorusse à l’est de la ville. Au cours de la première semaine, plus de 30 000 prisonniers furent pris au nord et 24 000 au sud. Environ 100 000 hommes furent encerclés autour de Minsk, bien qu’une partie de l’armée de Tippelskirch ait réussi à s’enfuir en utilisant des routes secondaires, par lesquelles on avait renoncé depuis un certain temps à faire passer le ravitaillement à cause des partisans soviétiques.
Le Groupe d’Armées centre était virtuellement détruit et en complet désarroi. Le total des pertes dépassait 200 000 hommes. Le 4 juillet, le succès de la prise de Minsk est déjà éclipsé lorsque Polotsk est capturée par les forces du 1er front de la Baltique qui poursuit son inexorable avance vers l’ouest. Le 5, les Russes attaquent les 100 000 Allemands des IXe et IVe armées encerclées. Kovel est prise par les armées russes le 6, tout comme Svir au sud-ouest de Minsk. Le 7, les IXe et IVe armées sont entièrement détruites.
A l’ouest de Minsk , les Allemands en retraite opposèrent une résistance momentanée mais n’ayant aucune ligne de défense naturelle et pas assez d’hommes pour couvrir un front qui s’élargissait au fur et à mesure de la pénétration russe. Les Soviétiques avaient toujours la place pour contourner les villes auxquelles l’ennemi s’accrochait.
La carte présente une avance en forme de demi-cercle d’ou partent des pointes dirigées vers Dvinsk, Vilna, Grodno, Bialystok et Brest-Litovsk. Les forces soviétiques n’ont pas cessé de harceler les forces du Groupe d’Armées Centre. Elles ont ainsi progressé de 200 à 300 kilomètres et combattent maintenant aux portes de Daugavpils, de Vilna et de Baranovitchi. Vilna fut atteinte le 9 et prise le 13 après que les forces mobiles soviétiques l’aient dépassée des deux cotés. Le même jour, les Russes atteignaient Grodno.
Le 9, les Soviétiques du 3e front biélorusse prennent Lida, près de Grodno. Le 10, ils prennent Slonim au terme d’une offensive lancée par Yeremenko. Le même jour, Hitler ordonne au Groupe d’Armées Nord de ne pas reculer et eu Groupe d’Armées Centre de tenir ses positions. L’Armée Rouge a ouvert dans les lignes allemandes une gigantesque brèche de plus de 400 kilomètres de large par ou elle s’engouffre pour libérer des territoires depuis longtemps sous la botte Nazie.
A la mi-juillet, les forces soviétiques ont entièrement expulsés les Allemands de Biélorussie, et ont occupé la partie nord-est de la Pologne. Les éléments de pointe étaient alors à la porte de la Prusse-Orientale et ont pénétré profondément en Lituanie. A cet endroits, ils étaient 300 kilomètres en arrière de Groupe d’Armées Nord allemand qui défendait encore les Pays Baltes.
Les avant-gardes de Bagramyan, près de Dvinsk, étaient plus proches de la base allemande de Riga que du front Nord de Friessner. Tchernyakhovsky, qui avait atteint le Niémen et Vilna, était presque aussi proche de lui que de la Baltique, mais plus à l’Ouest Il y avait donc une double barrière qui pouvait être établie à l’arrière de Friessner pour l’empêcher de se replier. La situation fut encore aggravée par l’attaque vers le Nord dans le secteur de Pskov ou Malennikov attaqua en association avec Yeremenko.
Avant même la destruction de la poche de Minsk, la STRAVKA a désigné de nouveaux objectifs à ses fronts. Le 1er front de la Baltique portera l’essentiel de son effort en direction de Kaunas, tout en lançant des attaques secondaires en direction de Panevejis et de Chiaouliai. Le 2e front de Biélorussie avancera sur Bialystok, le 3e front de Biélorussie suivra l’axe de Vilna pour atteindre le Niémen et établir une série de têtes de pont sur sa rive occidentale. Enfin, l’aile droite du 1er front de Biélorussie marchera sur Baranovitchi et Brest-Litovsk, et franchira le Boug occidental. En 10 jours la poche de Minsk est détruite et les allemands ont perdu 105 000 hommes dont 35 000 prisonniers.
Guderian écrira : "Le G.A. centre était liquidé. Nous avons subi des pertes effroyables environ 25 divisions. Toutes les forces disponibles étaient employées à tenter de colmater le front qui se désintégrait."
Mais l’Armée Rouge n’avait pas l’intention de laisser les Allemands établir un front défensif à l’est de la frontière polonaise. Le 13 juillet les Russes prennent Vilna et éliminent 13 000 soldats allemands. Tous les fronts continuaient leur rapide avance, atteignant à la mi-juillet Kaunas, Grodno, Bialystock et Brest-Litovsk. La STRAVKA fait alors donner toutes ses réserves pour exploiter au maximum la situation. Ainsi renforcée, l’aile gauche du 1er front de Biélorussie marche vers Lublin et Brest-Litovsk tandis que le 1er front de la Baltique prend Chiaouliai le 27 juillet et atteint le golfe de Riga le 31, coupant la G.A.Nord.
Voyant cela, les Allemands jetèrent toutes leurs réserves dans le secteur de la Baltique. A la mi-août, l’ennemi concentrait 3 PZD dans le secteur d’Aoutse et une autre au S-E. de Chiaouliai. Ces 4 grosses unités passent à l’action dans la seconde quinzaine d’août et attaquèrent le flanc du 1er front de la Baltique qui ne peut empêcher les Allemands de rétablir la liaison terrestre par un étroit couloir le long du golfe de Riga.
Depuis le 16, les contre attaques allemandes qui visaient à réduire les têtes de pont du 3e front de Biélorussie sur le Niémen ont échoué et le 28 les Russes déferlaient déjà. Le 17, 57 600 allemands défilent à Moscou, tête basse. Le 31 août, lorsqu’il prend Kaunas, il a progressé de 50 kilomètres. Le 20, l’aile gauche du 1er front de Biélorussie perce les défenses allemandes près de Kovel et franchit le Boug occidental.
Zakharov, à la tête du 2e front de Biélorussie se heurte à de nouvelles difficultés. En effet, les Allemands ont concentré une dizaine de divisions sur une ligne Grodno-Svislotch et lancèrent de violentes contre-attaques. Mais Zakharov eut raison de ces défenses et ses troupes s’engagèrent sur Bialystock et arrivent fin juillet à la frontière avec la Prusse Orientale où elles arrêtèrent leur offensive.
A partir de ce moment, les Allemands comprirent que pour stabiliser la situation il leur faudrait se replier sur la Vistule ou la défense serait plus facile. Lublin tombe au 1er front de Biélorussie le 23 juillet et Brest Litovsk le 28.
Mais cette victoire prend un goût amer avec la libération du camp d’extermination de Maidaneck ou plus d’un million et demi de prisonniers ont été exterminés. Pendant la bataille de Brest-Litovsk, la gauche du 1er front de Biélorussie fonce sur Varsovie et entre le 28 juillet et le 2 août établit 2 têtes de pont au sud de la capitale polonaise.
Le mois d’août sera l’objet de violents combats, les Allemands essayant par tous les moyens de réduire ces têtes de pont. En effet, la Luftwaffe redouble d’activité tandis que les Allemands reçoivent 2 divisions blindées, 5 divisions d’infanterie ainsi que 4 brigades d’infanterie et motorisées.
Face à ces renforts, les Russes réussissent à conserver leurs positions mais pas à les agrandir. Au Nord est de Varsovie les unités blindées du 1er front de Biélorussie atteignent le secteur Radzymin-Wolomin où elles se heurtent à une défense acharnée qui a comme effet de stabiliser le front.
Les premiers territoires polonais à peine libérés, le comité de libération nationale, dirigé par le parti communiste se met à l’œuvre. Ce gouvernement provisoire a déjà publié un appel au peuple qui incite les patriotes à combattre avec l’Armée Rouge pour la liberté du pays. D’ailleurs, des éléments de la Ière armée polonaise combattaient au sein du 1er front de Biélorussie.
Conclusion
- Des pertes et des conquêtes
A l’origine opération de diversion, l’opération Bagration fut la plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale et la « plus grande défaite de Hitler ».
Sur un front de plus de 1 000 kilomètres, les Russes ont avancé de 600 kilomètres en 2 mois. La Biélorussie, une partie de la Lituanie, de l’Estonie et de la Pologne ont été libérés et l’Armée Rouge se trouva ainsi à la frontière de la Prusse Orientale. De plus, le Groupe d’Armées Centre est virtuellement détruit, perdant les 15 premiers jours 400 000 hommes des 3e Panzerarmee et des IVe et IXe Armées d’infanterie et 30 généraux dont 8 tués, soit 25 divisions.
Du coté russe on estime les pertes du 22 juin au 22 juillet à 381 000 morts et 158 480 prisonniers. Selon d’autres sources, du 22 juin au 29 août, le Groupe d’Armées Centre aurait perdu 17 divisions et 3 brigades et perdu la moitié de 50 divisions.
- Les causes de la défaite
Les causes de la défaite allemande sont assez nombreuses. Tout d’abord la supériorité russe en hommes et matériels est écrasante. Ainsi, le réservoir humain considérable de l’Armée Rouge a permis non seulement de combler les pertes mais aussi de faire croître les effectifs des différentes armées. Comme c’est expliqué dans l’introduction, la production soviétique est à son apogée et a permis d’accumuler des unités de plus en plus nombreuses.
En face, l’armée allemande est finie, bien des divisions sont sous-équipées comme par exemple la Luftwaffe (6e Luftflotte) qui aligne 40 appareils contre les milliers d’appareils soviétiques. De plus, la victoire soviétique s’explique aussi grâce au débarquement en Normandie et à la bataille d’Italie qui mobilise beaucoup d’armées allemandes. En effet, on se bat depuis 15 jours et les pertes empêchent l’armée allemande d’effectuer des mouvements de troupes d’Ouest en Est comme les années précédentes.
Ensuite on peut aussi attribuer aux Soviétiques une organisation à toute épreuve. Ainsi, l’organisation et la concentration des troupes est exemplaire. En effet, l’état major soviétique a réussi à leurrer les Allemands sur le lieu de l’offensive jusqu’au dernier moment, permettant de jouer sur un effet de surprise décisif.
Enfin, il est important de citer l’habileté des officiers soviétiques, qui ont adapté à leurs besoins la doctrine de Blitzkrieg allemande. En face, les généraux allemands, souvent aussi compétents que les généraux soviétiques ont été victimes de leur foi envers Hitler. Ainsi, la stratégie allemande consistant à tenir à tout prix les nœuds ferroviaires et les villes s’est révélée désastreuse car l’armée russe s’est contentée de contourner les poches de résistance et de les encercler. Seul le général Model, qui fut capable de changer la volonté du Führer put il éviter une catastrophe pire encore, comme son prédécesseur Busch qui a créé une situation catastrophique pour les Allemands.
- Conséquences de la victoire soviétique
La victoire soviétique est le résultat de bien des facteurs et « le signe de l’épuisement des hommes, de l’essoufflement de l’économie de guerre allemande et du déclin fatal du IIIe Reich » (Paul Carrel). Cette victoire est lourde de conséquences et stupéfia les Russes mêmes. Tout d’abord, elle ouvrit aux Russes la porte de Berlin, ensuite elle permit l’encerclement du Groupe d’Armées Nord enfin, l’occupation militaire des pays baltes et de la Pologne. Cette victoire permit à Staline de faire pression sur les Alliés à Yalta pour faire basculer dans la sphère d’influence soviétique les pays d’Europe centrale.
En face, la victoire russe mit fin à la défense organisée allemande. De plus, l’écrasement du Groupe d’Armées Centre fit douter les Allemands de leur Führer, ce qui conduisit à l’attentat du 20 juillet. Ensuite, beaucoup de généraux prisonniers en premier lieu von Paulus, exhorteront leur compatriotes à se rendre, pour mettre fin à leur « lutte stérile ».
Enfin, on peut noter le drame humain de toutes ces familles qui perdirent un être cher dans les marais de Biélorussie. Il est aussi important de noter le drame de tous ces Biélorusses dont les villages furent détruits par le vaincu dans sa retraite. Pour toutes ces raisons, la destruction du Groupe d’Armées centre représente le « tournant décisif » de la Seconde Guerre mondiale.
Pour lire les annexes de l'opération Bagration, cliquez ici.
Auteur : Guillaume Sevin
Photos : Musée National de la Seconde Guerre mondiale de Biélorussie
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