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La bataille d'Alsace

France

La bataille du Rhin est aussi intéressante que mal connue. Elle eut lieu entre Schoenau et Neuf-Brisach du 13 au 19 juin 1940 et opposa les 8e armées et la 104e DIF à la  7e armée, au 27e corps d’armée (AK) et aux 239e, 218e et 221e ID. À ce moment de l’année, le jour se levait à 4 heures et se couchait à 20 h 30.

Climat

  • nuit du 13 au 14 juin : pluvieux
  • 14 au 18 juin : pluvieux avec des éclaircies, temps frais
  • 18 juin : clair avec la nuit froide
  • 9 juin : beau temps

Contexte

Les événements de la bataille du Rhin ne peuvent être compris que dans le contexte.

  • 4 juin : Fin de la bataille de Dunkerque et évacuation des troupes alliées
  • 14 juin : prise de Paris
  • 15 juin : début de la bataille du Rhin
  • 7 juin : les Allemands venant de l’ouest des Vosges, par Langres, entrent dans Belfort après avoir atteint la Suisse à Pontarlier   

L’attaque allemande était prévue initialement pour le 16 juin mais l’amorce d’un repli français, entrant dans le cadre du repli de la 8e armée ordonné par le GQG, est décelé sur le Rhin. Le 27e AK reçoit donc l’ordre, le 14, d’avancer l’assaut de 24 heures pour couper la retraite aux Français.

Terrain

Le secteur français, allongé dans la dépression de Rhin, est dominé par les points d’observation du « rocher de Vieux-Brisach » et, de « Erkartsberg » au Sud et celui du « Limburg » . Le Kaiserstuhl (557 m), est un point d’observation de l’artillerie allemande qui domine la région de 200 mètres et se situe à 2 kilomètres en arrière du Rhin. La forêt est dense des deux côtés. Dans le Reich, elle est quadrillée de chemins carrossables qui permettent de réaliser rapidement des concentrations de matériel. Ce réseau en forme de grille a été rapproché au plus près du Rhin 3 ans avant la guerre, pendant la construction du la LS. De plus, à 100 mètres du fleuve, une route a été construite, reliée au réseau forestier par des bretelles très nombreuses.

En France, le terrain est recouvert de forêts sur 3 kilomètres. Après le dynamitage des ponts du canal du Rhône au Rhin, il n’y a plus qu'un mètre et demi d’eau. Les villages sont quasiment indéfendables, construits en bois et en torchis, sans caves. Le Rhin a une largeur moyenne de 190 m à Sasbach-Marckolsheim et 210 à Neuf-Brisach. Les écarts d’étiage sont de 2 mètres maximum. Le fleuve est profond de 6 mètres. Le courant est de 2 m/s normalement mais de 4 m/s au moment des combats.  Il faut 40 secondes pour le franchir avec des embarcations d’assaut. Les basses eaux vont de novembre à décembre et les hautes de juin à août. Les ponts se situent à Neuf Brisach (pont-rail et pont-route), à Sasbach-Limburg et à Schoenau (pont de bateaux). Les ponts sont détruits le 11 octobre 1939 et seront rendus inutilisables par la pression du courant côté Allemand.

Organisation défensive

Le long du Rhin est établie une ligne de défense légère. Cette défense est renforcée aux coudes et aux ponts par des casemates plus importantes. Une seconde ligne à deux kilomètres double la première puis une troisième ligne, dite de « résistance principale », est constituée de grosses casemates au nord et au sud du village, ainsi que les villages eux-mêmes.  Les habitants ont été évacués. Des blockhaus plus légers sont placés en intervalle. Une quatrième ligne se trouve sur l’Ill et est constituée de points d’appui.

Plan de bataille français

La première ligne a pour mission de canaliser tout franchissement et de reconnaître la situation. Ensuite, les réserves doivent intervenir depuis la forêt pour repousser l’ennemi. Au pire des cas, la troisième ligne devrait stopper toute avance. La troisième ligne est équipée pour cela : casemates CORF, villages fortifiés... De plus, de l’artillerie est installée entre l’Ill et le canal.

EFFECTIFS

France : 104e DIF et 8e armée

  • Infanterie : 242e RI, 42e RIF, 9e BCP, 28e RIF, 10e BCP (Brigade des Chasseurs Pyrénéens)
  • Réserve d’infanterie : 21/42e RIF
  • Artillerie : I/170e RAP
  • 12 canons de 75 dans 3 batteries

  • 1 batterie  de 120 l, soit 4 canons

  • 1 batterie de 155C Saint Chamond, soit 4 canons

  • 1 batterie de 155L de Bange soit 4 canons

  • Au total 24 canons

  • Génie : 229e compagnie

Allemagne VIIe armée et 27e AK

  • Infanterie 218e, 221e, 9e ID renforcées par les 554e, 555e, 556e, et 557e SD
  • Artillerie
  • 112 batteries de 75 à 420

  • 6 canons de 240 à 280 sur voie ferrée

  • 99 canons de 88 flak

  • 94 canons Pak 37

  • Aviation : 1 escadrille de 90 Stukas JU-87, plus des  HE 13, 32 et 111
  • Génie
  • 11 bataillons de pionniers avec 286 embarcations d’assaut

  • 524 grands bateaux pneumatiques

  • 1 248 radeaux gonflables

  • 7 pontons

SITUATION GENERALE

Le 10 juin, les ressources des casemates sont améliorées. Le 11 juin, l’artillerie de renforcement est envoyée en Champagne pour faire face à une pénétration allemande. Le 12 juin,  le GQG décide de retirer le 2e GA de la ligne en ne laissant qu’un minimum de défenseurs. Ainsi, la 54e DI partira dans la nuit du 13 au 14 (masse de manoeuvre). De plus l’artillerie de soutien fait de même. Enfin, les unités d’infanterie mobiles font de même dans la nuit du 15 au 16. Il ne reste plus  qu’un squelette de béton et d’acier. Le 14 juin, les casemates tirent sur la rive allemande, mais du fait du manque d’artillerie, elles ne font pas de dégâts sur les mouvements de troupe.  De plus, elles se rendent compte de ce qui va bientôt leur arriver. Les équipages n’ont plus ni journaux, ni radio mais savent que les Allemands sont en train de gagner.

Secteur de la 218e ID

Quatre points de franchissement de 4 kilomètres chacun, à 1,5 kilomètres d’intervalle. Schoenau est le centre de gravité.

15 juin

L’attaque débute à 10 heures et est repoussée dans le secteur de Schoenau, malgré les fumigènes. Mais elle réussit au sud, neutralisant 3 blockhaus de berge. De ce fait, le débarquement est une réussite et les Allemands s’infiltrent dans la forêt du Rhin. À 11 heures, les Allemands arrivent devant la ligne de défense principale. À 12 heures, les Allemands percent entre Bootzheim et Mackenheim. À la fin de la journée, les Allemands tiennent une zone de 6 kilomètres de largeur pour 3 de profondeur.

16 juin

Les Allemands continuent à réduire la ligne principale de résistance. À 17 heures, ils atteignent le canal du Rhône au Rhin qui est franchi en deux points. Le 17 au matin, la pointe est à 7 kilomètres du Rhin.

Secteur de la 221e ID

  • 3 points de franchissement
  • 6 km de largeur
  • 3 km entre deux points
  • Sponeck-Artzenheim comme centre de gravité

15 juin

Début de l’assaut à 10 heures. Le point principal de Sponeck résiste longtemps malgré les fumigènes. Mais celui de Limburg qui n’est défendu que par 3 casemates de berge est mis rapidement hors de combat. La forêt est vite traversée et vers midi, les Allemands atteignent la ligne principale. À 11 heures, le génie commence à construire un pont de bateaux dans l’axe de Sponeck, après réduction de deux grosses casemates. La tête de pont fait 2 kilomètres de profondeur pour 11 de largeur. Il  y a une brèche de 3 km entre les 221e et 239e ID.

16 juin

Artzenheim, qui résiste, est contournée par le nord. Mais à Baltzenheim, le canal du Rhône au Rhin est traversé. À 14 heures, la pointe est à plus de 7 km du Rhin, tout comme son homologue, la 221e ID. À 15 heures, le pont de Limburg est ouvert, le premier du 27e AK. Désormais, les canons et les motorisés peuvent passer.

Secteur du 239e ID

  • 3 points de franchissement
  • 6 km de largeur
  • 1 500 m d’espace entre les points
  • Point de gravité : Neuf-Brisach

15 juin

Début de l’attaque à 10 heures. Les bétons de berge sont réduits par l’artillerie allemande. Le franchissement réussit. Mais la traversée de la forêt du Rhin est très difficile et se fait blockhaus par blockhaus. On peut citer notamment la résistance du fort Mortier qui devra néanmoins être évacué du fait de sa situation isolée. Mais les Français contre-attaquent trois fois et réoccupent Biesheim et le fort. Faute de réserves, ils ne peuvent profiter de leur situation avantageuse. Bilan de la pénétration allemande en France : 300 à 500 m de profondeur pour 4 000 m de largeur.

16 juin

La tête de pont est renforcée par de l’artillerie et des hommes. Mais la construction d’un pont est difficile du fait de la crue du Rhin. À 11 heures, Biesheim est reprise mais l’attaque sur Neuf-Brisach piétine (les défenses de la ville sont intactes). À midi, les deux têtes de pont des 221 et 239e ID se rejoignent. À 13 heures, le canal du Rhône au Rhin est atteint et franchi. C’est la fin.

CONCLUSION

Les forces allemandes étaient en supériorité numériques.  Mais les Français ont tiré :

  • 11 500 coups de 75
  • 600 coups de 120
  • 1 400 coups de 155

Le rapport de force avantageait les Allemands :

  • Infanterie : 27 bataillons / 8 bataillons
  • Aviation : 138 avions / 0
  • Artillerie : 673 canons / 24

Après le retrait des réserves et unités mobiles, il était impossible aux Français de résister à long terme. Les effectifs restants ne permettaient que l’occupation des bétons. De plus, les concentrations de feu ne pouvaient se faire du fait du manque d’artillerie. En revanche, la discipline était intacte. Les troupes étaient très bien entraînées et combatives. Elles ont montré leur bravoure, notamment dans la contre-attaque visant Biesheim. Un bataillon de renfort aurait changé le cours des choses. Mais les réseaux de barbelés ont mal été posés sur les berges et les Français se sont laissés surprendre.

Les motifs de l’effondrement sont nombreux. Tout d’abord, le front à défendre était étendu, il n’y avait pas de réserve, pas d’artillerie ni de DCA. De plus l'aviation faisait défaut et certains défauts de conception n’ont jamais été résolus. En effet, les barbelés ne plongent pas dans l’eau, et les berges ne sont pas minées. De plus, les éléments d’observation ont rapidement été détruits, rendant les casemates aveugles. La « fortification ne prend toute sa valeur qu’en liaison avec une armée mobile de campagne ». Les concentrations ennemies n’ont pu être entravées du fait du manque d’artillerie. L’absence de DCA donnait toute liberté aux Stukas qui se trouvaient comme à l’exercice. Il n’y avait pas assez de troupes pour une telle longueur de front. En effet, on trouvait 8 bataillons pour 50 kilomètres au lieu de 9 bataillons sur 20 kilomètres normalement.

En outre, la réussite de l’assaut allemand s’explique par l’horaire inhabituel du franchissement et le fait que la crue du fleuve « endormait la vigilance des défenseurs ». En revanche, la surprise n’était pas totale car les Français avaient repéré les concentrations allemandes. Les Allemands ont ici usé de tactique « ne pas s’éparpiller, frapper en un seul point ». Les troupes allemandes étaient en liaison, la coopération entre infanterie et aviation était remarquable. De plus, les Allemands connaissaient les fortifications françaises, copiées par les Tchèques.

Les navires allemands flottent sur 10 cm d’eau et seuls 3 calent au départ sur 286. Mais la moitié tombera en panne après la première traversée. Il manquait aussi des pilotes compétents et l’attitude craintive des soldats a souvent conduit au chavirement. Des bacs ont permis de traverser des éléments lourds dès le 15.  Le pont flottant « Birago » de la 218e ID fut achevé à 22 heures le 15, alors que celui de la 221e ID ne le fut que le 16 à 20h00. Ce retard est dû à l’entraînement des pionniers, et à l’attitude des États-majors.

Auteur : Guillaume Sevin