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La
pointe, constituée d’unités mécanisées, prendra ainsi à revers les
fortifications françaises. Une armée de ce groupe doit aller jusqu’au
secteur Liège-Houffalize, afin d’encercler Liège par le sud, puis
franchir la Meuse à Fumay et poursuivre à l’ouest. Les armées alliées
seront alors encerclées par le groupe A et détruites. La 13e armée du
groupe B doit aussi occuper les Pays-Bas pour éviter une jonction des
Belges, des Franco-britanniques et des Hollandais. La Luftwaffe doit
soutenir l’armée de terre, dont un tiers est chargé d'assurer la
protection de l’ouest du Reich. La marine doit assurer le siège de la
Grande-Bretagne, le soutient des troupes au sol et le blocage des
transports alliés.
Comme nous le savons tous, le plan Fall Gelb sera une des plus grandes victoires de notre siècle...
V. Les opérations
a. Organisations
Le
10 mai 1940, la Wehrmacht entre en Hollande tandis que la Luftwaffe
bombarde les aéroports et lâche des parachutistes. C’est alors que les
gouvernements hollandais et belges appelèrent à l’aide. Gamelin lança
alors la manœuvre Dyle-Bréda, qui était très critiquée par le général
George, commandant du front nord-est. En effet, elle répondait à des
préoccupations plus politiques que stratégiques. Entrer en Belgique
jusqu’à la Bréda pour aider les Hollandais, nécessite l’intervention de
la VIIe armée du général Giraud, jusqu’alors tenue en réserve. Cela
aurait pu marcher si les Allemands avaient agi comme en 1914. Ce ne fut
pas le cas et il n’y aura plus d’armées de réserve pour agir
rapidement. Les plans allemands de 1939 correspondaient aux idées
d’offensives allemandes prévues par les Français, mais ils ont été
modifiés le 18 février 1940, selon l’ordre de Hitler, et suivant les
idées de von Manstein.
Désormais, le plan Manstein
accroît l’importance du centre allemand au détriment de l’aile droite
(qui entrera en Belgique du Nord et en Hollande). Le GACentre doit
percer les défenses de la Meuse pour pousser vers Abbeville et
l’estuaire de la Somme. Le but est d’isoler les forces françaises qui
se seraient avancées en Belgique. Enfin, le flanc sud a pour but de
fixer les armées du Rhin et les défenseurs de la ligne Maginot. Le plan
est néanmoins assez dangereux. En effet, faire pénétrer rapidement
d’importantes formations blindées par les Ardennes, puis s’engager en
plein dispositif français sans protection des flancs est assez
audacieux. En revanche, on a assigné pour cette tâche jusqu’à 10 Panzer
divisionen. Le 10 mai, les Allemands sont organisés comme suit : au
nord, l'aile droite et le GAB de von Bock (29 divisions dont 3 Panzer)
; le GAA au centre sous von Rundstedt dispose de 7 Pzd et de 37
divisions. Au sud, le GAC de von Leeb avec 17 divisions. Le centre est
donc très puissant. C’est à lui qu’incombe la tâche de prendre par
surprise l’ennemi français très rapidement.
Les
Français, au contraire, comptent sur une stratégie défensive. Gamelin
est conscient que son armée de terre n’est pas prête malgré des efforts
au cours de la drôle de guerre. Mais si les Allemands attaquent, il
faudra bien mener la guerre. Le dispositif français est comme suit.
Tout d’abord, le commandant du front nord-est a 3 GA (le GA1 sous le
général Billotte de la mer à Longuyon avec 39 divisions dont 9
britanniques, le GA2 sous Prételat de l’est de Longuyon jusqu’à
Sélestat qui tient les défenses de Metz, de la Lauter et du Bas Rhin,
enfin, le GA3 veille sur le Haut Rhin. Ces deux dernières totalisent 43
divisions). De plus, 23 divisions sont tenues en réserve, dont 6
entreraient en Belgique et les autres défendraient la Suisse en cas
d’offensive allemande. Pour ce qui est du GA de Billotte, un élément
mobile doit pénétrer en Belgique (Giraud, Blanchard et Corap) avec les
troupes les plus modernes dont 3 divisions légères motorisées, 1
division cuirassée et 5 divisions d’infanterie motorisées. De plus, de
Givet à Longuyon, appuyées sur la Meuse et la Chiers, 10 bonnes
divisions couvertes par de la cavalerie à cheval et motorisée servent à
combler l’espace entre la région fortifiée et l’élément mobile. On ne
pensait pas alors que l’on puisse percer par les Ardennes, ou que même
si les Allemands essayaient, on pourrait rapidement les stopper.
C’était oublier la doctrine militaire française qui stipule que
« tout obstacle non battu par le feu est un obstacle nul »...
b. 10 mai - 3 juin 1940
Le
premier, le GA de von Bock, avance au Nord afin d’attirer l’attention,
tandis que les armées du centre se dirigeaient secrètement au point de
passage, à travers l’Eifel et les Ardennes. Les Allemands lâchent aussi
des parachutistes, sur la Haye et les aérodromes. En 4 jours, l’armée
de von Bock oblige les Hollandais à se rendre. Giraud n’aura pas pu les
aider. La manœuvre Breda a échoué tandis que la VIIe armée est engagée
le long du littoral jusqu’à Flessingue. Du côté des Belges, appuyés sur
la ligne Liège-Anvers, qui repose sur la Meuse et le canal Albert, on
retrouve le même scénario. Deux commandos aéroportés prennent deux
ponts sur le canal, tandis qu’un commando des sapeurs d’assaut prend le
fort d’Eben Emaël. Pendant ce temps, deux PzD sous Hoeppner prennent
Maastricht où le génie construit un pont durant la nuit. En une
journée, les positions belges sont enfoncées. Il aurait fallu cinq
jours pour que les renforts alliés ne viennent et puissent se poser sur
la puissante position entre Louvain et Namur. Les Alliés entrèrent en
Belgique le 10 à 6 heures 30 avec le corps de cavalerie de Prioux en
tête, constitué des 2e et 3e divisions légères motorisées, qui doivent
couvrir, entre la Dyle et le canal, le corps expéditionnaire
britannique et celui de Blanchard. Le 11, Prioux est en contact avec
les Allemands. Il explique alors au général Billotte qu’il faudrait
rester sur l’Escaut, mais n’est pas écouté.
Au
contraire, les divisions alliées accélèrent leur progression pour
occuper la ligne Louvain-Namur. Le corps britannique à Dyle, la Iere
armée doit s’installer le 13 au niveau de la trouée de Gembloux. En
même temps, le corps Hoeppner attaque violemment la cavalerie
française. Le 14, une division marocaine, ainsi que la 15e division
d’infanterie de montagne, tiennent le canal devant les Panzer pour
permettre aux Belges de se replier sur la ligne Louvain-Angers. Au
centre, la IXe armée occupe la zone de la Meuse jusqu’au confluent de
la Bar, tandis que la IIe armée occupe la zone entre Sedan et Longuyon.
Mais c’est entre Sedan et Dinant, au milieu des deux armées, que vont
pénétrer les Panzer qui ont traversé les Ardennes. Le groupement blindé
von Kleist a deux corps blindés, le 19e de Guderian a 3 PzD pour entrer
en France par Sedan, tandis que Reinhardt avance sur Monthermé. Au
nord, ils sont couverts par le 39e corps avec 2 PzD (dont celle de
Rommel). Rommel le premier traversa la Meuse. Il arriva sur la rive
droite le 12, s’infiltra par le canal de l’île de Houx et attaqua en
force le 13. Pendant ce temps, à Monthermé, Reinhardt ne peut sortir de
la vallée encaissée, bloqué par une demi-brigade de mitrailleurs
coloniaux. Le même jour, Guderian passe la Meuse soutenu par
l’aviation. Grâce aux ponts du génie, les Panzers retrouvent
l’infanterie sur la rive gauche.
Le 14, les
contre-attaques menées par des petits groupes de Français échouent.
Corap est donc coupé de Sedan, menacé au centre par Reinhardt, au nord
par Rommel. Il ordonne la retraite sur la frontière et laisse donc
seule la Ière armée qui devra se replier sur l’Escaut. En quelques
jours, les Allemands partis de Sedan vont isoler les forces alliées. En
5 jours, Guderian arrive à Abbeville et la baie de la Somme, ce qui
impressionne Hitler lui même. Saint-Omer est atteinte par Reinhardt le
24 tandis que Hoth déborde Arras le 23. Mais l’infanterie motorisée a
du mal à suivre ce rythme. De ce fait, il y a entre les forces en
Belgique et les armées que reforme le général George un couloir de 100
kilomètres. Les flancs allemands sont vulnérables. De Gaulle essaya de
contre-attaquer sur ces derniers, le 20 mai, avec la 4e division
cuirassée, les 2e et 3e PzD.
Le 19, Gamelin réfléchit à
une manœuvre en tenaille depuis Arras et la Somme pour couper le
couloir à son point le plus large. Il est alors, le jour même, démis de
ses fonctions au profit de Weygand. Il reprend l’idée et ordonne au GA1
de marcher au sud, tandis que la VIIe armée ferait route au sud. Mais
le temps joue contre les Français et il est bientôt trop tard pour
éviter l’encerclement. Le 25, lord Gort propose un repli sur Dunkerque
alors que l’armée belge est violemment prise à parti. Weygand suit cet
ordre alors que le groupement Molinier, encerclé dans Lille, ne
capitulera avec les honneurs que le 1er Juin. À Dunkerque, 220 000
britanniques et 100 000 Français embarquent. Mais sur les plages se
trouvent 1 million de prisonniers et des tonnes de matériels.
c. Une dernière chance
Après
le 20 mai, la situation devient de plus en plus critique pour les
Français. En revanche les divisions Panzer, qui ont coupé les
communications alliées des armées du Nord, ont avancé les flancs à
découvert. Les troupes d’exploitation sont toujours au niveau de la
Sambre. L’OKH craint d’ailleurs une nouvelle bataille de la Marne. En
effet, il suffirait aux armées du Nord de percer vers le sud et des
armées de la Somme vers le Nord. Cette double offensive permettrait de
priver les Panzers de ravitaillement. Gamelin prévoyait des plans en ce
sens mais est limogé le 19 mai et remplacé par Weygand. Il faudra 3
jours à ce dernier pour mettre au point un autre plan du même type. Le
24, il faudra combler la brèche au niveau de Bapaume, ce qui signifie
que dans le même temps le front restera statique. Le 21 mai, le
commandant du corps expéditionnaire britannique, Gort, essaie de
rétablir les communications avec les lignes françaises de la Somme, qui
se trouvent à 40 kilomètres, dans une offensive par Arras. Il dispose
pour ce faire de deux divisions et d’une brigade blindée. Rapidement,
la situation de la 7e Panzer est critique, et les chars allemands
doivent faire demi-tour. Mais du fait du manque de blindés et puisque
l’opération de soulagement de Weygand était relativement faible,
l’ultime chance de victoire s’évanouissait. Plus le temps passe, plus
le plan français devient impossible à réaliser.
Le
dispositif allemand se constitue et se renforce au fil des jours. De la
même façon, le réduit français se rétrécit. En effet, les 9 PzD
attaquent au Sud en cercles concentriques, tandis que le groupe von
Bock progresse en Belgique. 46 divisions alliées sont encerclées, soit
1 million d’hommes. A cela s’ajoute 1 million de réfugiés.
Boulogne est aux mains des allemands le 24 mai tandis que le flanc du
GA1 est découvert. « Les Français tiennent les deux extrémités du front
sud. Le gros de la Ière armée est comprimé au sud-est de Lille. A
l’ouest, le littoral est défendu par deux divisions de série B (60e et
68e DI). Là réside la clé du dispositif français. Si ce point
s’effondre, l’encerclement sera total » (Michèle Battesti). Gort se
rend alors compte que le plan Weygand n’est plus qu’une utopie. Les
troupes britanniques sont à demi-ration, avec 10 jours de munitions
pour l’artillerie. Il faut soit se rendre, soit trouver une solution
rapide.
d. Dunkerque (26 mai - 4 juin)
Le
24 mai, le War Office anglais ordonne le retrait du matériel lourd à
partir du Havre. Gort décide en parallèle de retirer ses troupes au
nord d’Arras. De ce fait, Weygand ne peut plus exécuter son plan
d’offensive. Gort organise une défense en hérisson le long des cours
d’eau du nord. Le 25, il ordonne le retrait sur Dunkerque. Le 27, le
War Office ordonne le retrait par voie maritime. Les Anglais avaient
songé à cette possibilité très tôt, et commencé à organiser cela dès le
19 mai. Churchill avait approuvé un plan consistant à réunir un grand
nombre de navires de toutes tailles vers les ports français. Au départ,
il fallait déplacer des troupes dans le cadre de la contre-offensive.
L’amiral Bertram Ramsay avait alors réquisitionné une flotte de 126
navires. Le 26 mai à 18 heures 57, commence l’opération « Dynamo » qui
paraît alors n’avoir aucune chance. On prévoit 45 000 hommes en deux
jours mais il n’y en aura le premier jour que 7 669. Le second, le
chiffre est porté à 17 804. Mais cela reste très inférieur aux
prévisions les plus pessimistes.
De plus, les Allemands
sont encore présents. Même si les forces de surface n’interviendront
pas, les sous marins (U-Boote) et les S-Boot (Schnell-Boot) feront des
sorties. Mais ce sera la Luftwaffe qui portera l’effort principal. En
effet, le 27 mai, 30 000 tonnes de bombes incendiaires seront larguées
sur la ville. Les Stukas s’acharneront sur les navires. Les soldats
embarquant seront mitraillés. Les opérations de jour seront rapidement
annulées. Enfin, les Allemands largueront des mines magnétiques. Les
Anglais ne seront pas en reste et les Spitfire et Hurricane abattront
133 avions allemands. Heureusement pour les Alliés la mer d’huile
favorisera l’opération qui durera 9 jours, et le plafond relativement
bas gênera les mouvements de la Luftwaffe.
Deuxième
élément, les Panzer se sont arrêtés. Depuis le 24 mai, la ligne
Lens-Aire-Gravelines n’a été traversée par aucun char. Cette inaction
est le résultat d’un ordre direct de Hitler, tandis que les officiers
supérieurs allemands voudraient détruire les armées alliées. On ne sait
pas vraiment ce qui a motivé cet ordre. Peut-être Hitler a-t-il voulu
ménager les Anglais pour leur éviter une humiliation. Mais quoi qu’il
en soit, Hitler a commis une erreur majeure. On ne pense alors plus
qu’au plan rouge. Pour Hitler, Fall Gelb est terminé. Le second temps
de la campagne, c’est à dire prendre à revers la ligne Maginot pour en
terminer avec l’armée française. Autre hypothèse, les Panzer sont
exténués et ont atteint les marécages des Frandres, qui effraient le
soldat de la Grande Guerre qu’est Hitler. C’est donc à la Luftwaffe de
Göring de donner le coup de grâce. Dans le même temps, Weygand se rend
compte qu’il ne peut plus contre-attaquer. Il ordonne donc à ses armées
du nord de se replier. Le but est maintenant de former une tête de pont
solide soutenue par la mer. Mais les Belges, qui devraient soutenir le
flanc français, capitulent rapidement. En effet, le 27 mai, les Belges
reculent devant von Bock, acculés à la mer et encerclés de réfugiés
civils. Le 28 mai à 5 heures, Léopold III ordonne l’armistice. Le GA1
est donc sans protection.
La situation empire le 27 mai,
quand Hitler annule son ordre. Les Panzer repartent à l’assaut avant de
partir pour la Somme et l’Aisne. Ils ne sont alors plus qu’à 8
kilomètres de Dunkerque et pilonnent la ville avec leur artillerie. La
position alliée s’étend sur plus de 100 kilomètres de profondeur pour
40 kilomètres maximum de largeur. Petit à petit, les Allemands
continuent à avancer et menacent de couper les Alliés de la mer. Le 29
mai, Weygand ordonne le repli général et abandonne l’idée d’une tête de
pont. Mais c’est trop tard : même si von Bock exploite mal la
capitulation belge, et même si les Allemands hésitent, la chute de
Cassel entraîne le repli (contre l’avis de Weygand) des Anglais. De ce
fait, les Anglais abandonnent l’arrière-garde française. Le 28 mai,
d’ailleurs, 6 divisions de la première armée sont encerclées près de
Lille. Elles se rendront le 31 mai après une lutte féroce, ce qui donne
un répit à Dunkerque. Le général Wögner offre tous les honneurs
militaires au général Molinié, chef de ces divisions françaises. La
réponse de Berlin ne se fera pas attendre et Wögner sera limogé.
Le
30 mai au soir, les derniers Anglais ont rejoint la tête de pont,
encombrée de matériel abandonné. Mais la Luftwaffe ne parvient pas à
stopper l’opération Dynamo. Peu à peu, les évacuations deviendront plus
importantes. Le 29, partiront 47 310 hommes, 53 823 le 30, puis 68 014
le 31. Ils seront débarqués à Douvres. Pour ce faire, les Britanniques
usent d’une logistique impressionnante. Il existe aussi d’autres points
d’évacuation à l’est de Dunkerque. La Royal Navy fait appel à toutes
les embarcations disponibles et à tous les hommes (pêcheurs, retraités
...). De plus, 300 navires de guerre et de commerce français
participent activement à l’opération. Une fois que les soldats sont
dans le navire, on rejoint Douvres par la route Z, longue de 39 milles.
Mais du fait de la proximité de l’artillerie allemande (la route longe
la côte), une route Y de 87 milles est organisée. Cette fois, ce sont
les S-Boot, patrouilleurs lance-torpilles, qui rendent dangereux ce
point de passage. Après le 29 mai, une route X (55 milles) est draguée
et sécurisée. Le 31 mai, 165 000 soldats seront évacués, mais seulement
15 000 Français. En effet, les soldats français sont refoulés, voire
jetés à la mer.
Le même jour, se tient une rencontre à
Paris entre Churchill, Weygand et Reynaud. Pour le premier, la France
est virtuellement vaincue. Les propos sont en revanche pleins de «
générosité ». Churchill par exemple insiste pour que les Français
embarquent les premiers et que les Anglais assurent la défense !!! Mais
il est vrai que le 1er juin, 35 013 Français sont évacués avec 29 416
Anglais. Falgade, commandant des troupes de défense du périmètre de
Dunkerque, se bat avec acharnement et bravoure. Mais vite on se rend
compte que ce sont les Français qui sont la dernière ligne de défense.
A 3 contre 1, les Français résistent et même si les Allemands
progressent, ils ne percent pas. Entre le 3 et le 4 juin,
l’arrière-garde française est embarquée, tandis que les Allemands
pénétrent dans les faubourgs de Rosendaël. L’organisation anglaise est
une fois de plus exemplaire : les navires doivent aller si vite qu’ils
ne jettent pas d’amarres.
À 3 heures 30, le dernier
navire appareille. Ainsi, même si 30 000 Français n’ont pas été évacués
et sont restés sur la plage, 342 618 franco-anglais auront été sauvés
(1/3 de Français). Mais les pertes auront été lourdes : 2% des soldats
embarqués ont été tués, 250 navires coulés (sur 860), dont 6 destroyers
sur 39, 5 torpilleurs et deux contre-torpilleurs français. Dunkerque
est un exploit de logistique et de courage. Mais 3 armées françaises
ont été détruites, tout comme l’armée belge, et le corps
expéditionnaire anglais. En chiffres, les Alliés ont perdu 1 200
000 hommes dont beaucoup de prisonniers, tandis que les Allemands
comptent 10 255 tués, 8 543 prisonniers et 42 523 blessés. Pour finir,
entre le 4 et le 25 juin, au cours de l’opération Aerial, 191 900
personnes seront évacuées de France pour échapper aux Allemands. Cela
démontre l’importance du contrôle de la mer. Mais pendant ce temps, la
France agonise...
e. L’avance de la 7e Panzer de Rommel
Au
5 juin, Rommel (avec la 7e Panzer), se trouve dans la région de
Flixécourt et Bourdon, au nord du canal de la Somme. Les 19 et 20 mai,
tous les ponts, d’Amiens à la mer, ont été détruits sauf deux ponts de
chemins de fer, oubliés par les démolisseurs, qui se trouvent dans le
secteur de Rommel. Ce dernier ordonne d’enlever les rails pour laisser
passer ses chars. En face, des soldats sénégalais. Les Allemands qui
travaillent sont hors de vue des coloniaux. Les défenseurs n’ont pour
se défendre qu’un canon AC de 25 mm. Mais ils tiennent. Même si les
Panzer percent au Sud, dans une vallée morte, Hangest, point d’appui
principal des Sénégalais, tient toujours. L’attaque d’un bataillon
blindé échoue du fait du terrain (les moteurs calent), mais Rommel
envoie vite des automoteurs de 150 mm pour préparer une attaque
d’infanterie. A la fin de la matinée, la ville est investie. Les Panzer
attaquent alors vers le sud, débouchant sur le plateau qui va de la
Somme à la Seine. Ils sont accueillis par l’artillerie lourde française
et par des Sénégalais cachés dans les bosquets. Le point de
Quesnoy-sur-Airaines a été solidement fortifié, et il faudra attendre
l’arrivée des Panzer IV pour le réduire.
Le 6 juin,
durant la nuit, les Français ont contre-attaqué avec des chars,
détruisant une batterie de 88. Mais à partir de 10 heures, Rommel
avance déployé sur 2 kilomètres et profond de 20. La Xe armée du
général Altmayer est coupée en deux, la ligne Weygand est percée. Les
Français se rendent alors réellement compte qu’ils n’ont plus aucune
chance de boucher la faille. Le 7 juin, Rommel entre en Normandie, et
seul la rivière Andelle le coupe de Rouen. Mais cette ligne est
défendue par des éléments franco-britanniques. La 7e Panzer échoue
d’abord à Sigy, mais, le 8 juin, perce et fonce sur Rouen. Rommel tombe
sur une colonne blindée britannique mais le soir, il n’est plus qu’à 8
kilomètres de la ville. Rommel décide alors de capturer deux ponts sur
la Seine, en fonçant sur Elbeuf. Les paysans qui les voient passer les
prennent pour des Anglais, et les acclament puisque les Allemands ne
pourraient pas être déjà là !!! Le bataillon de motocyclistes de la
division est envoyée pour capturer les ponts. Puis Rommel perd tout
contact avec eux. Il se rend sur place et se rend compte qu’ils n’ont
toujours pas attaqué. Mais alors qu’il leur réitère son ordre de
prendre les ponts, ces derniers sont détruits. Le 25e régiment Panzer
se dirige alors vers Boos, tandis que Rouen est prise par la 5e Panzer.
Rommel
prépare ensuite une offensive contre le IXe corps d’armée français, et
la 51e division britannique. La chute de Rouen a rendu leur position
très risquée. Ils manquent d’être encerclés et leur seule chance de
salut résiderait en une retraite de 100 kilomètres vers le Havre. Et
Rommel est bien décidé à la leur couper. Élément décisif, les Alliés
progressent de 20 kilomètres par jour alors que Rommel avance à 40
kilomètres par heure. Le 10 au matin, les engins de reconnaissance
allemands sont en vue de la Manche, aux Petites-Dalles, encerclant 50
000 soldats alliés. La solution pour les généraux Ihler et Fortune
résiderait en un réembarquement. Dans cette poche française, il existe
deux ports, Saint Valéry et Dieppe. Mais le second a été rendu
impraticable par les Français afin qu’il ne tombe pas aux mains des
Allemands. Il faut donc tenir jusqu’à l’arrivée des navires alliés.
Le
10, deux destroyers britanniques sont atteints par l’artillerie
allemande alors que Rommel renforce sa position. Il occupe une falaise
qui domine le port, d’où son artillerie et ses mitrailleuses
pilonneront les Alliés. Malgré la défense acharnée de ces derniers, la
poche se rétrécit inexorablement. Fortune annonce au War Office que la
seule chance de s’en sortir consiste en une évacuation maritime dans la
nuit du 11 au 12 juin. Rommel se rend compte de ce qui va se passer et
accroît la pression sur les Alliés. Les Franco-britanniques profitent
du brouillard pour se cacher et attendent les navires de secours. Ils
ne viendront pas ... Ihler capitule le 12 juins à 8 heures, Fortune le
même jour à 11 heures. En effet, les 3 bataillons écossais, privés de
l’appui des Français et d’armement lourd, ne peuvent plus résister. Les
Allemands auront capturé 12 généraux, 46 000 hommes, 100 canons, 58
chars, 368 mitrailleuses et plus de 1 000 camions.
f. L’effondrement
Au
lendemain de Dunkerque, Weygand ne dispose plus que de l’équivalent de
71 divisions. La Luftwaffe domine le ciel alors que 139 divisions
allemandes se réorganisent afin de reprendre l’offensive. Le 29 mai,
les troupes motorisées et blindées quittaient Dunkerque pour devenir le
fer de lance de la seconde phase de l’opération. En face, Weygand
compte sur le terrain et les lignes d’eau pour retarder le choc
inévitable. Le nouveau front passe par la Somme, le canal Crozat,
l’Ailette et l’Aisne jusqu’à Vouziers puis est relié à la Ligne Maginot
par Montmédy. Le front n’est pas d’égale qualité. Si le front sur
l’Aisne existe depuis mai, le front de la Somme est assez faible, plus
encore car les Allemands ont créé des têtes de pont sur la rive sud.
Malgré les contre-attaques, rien ne peut ébranler ces avant-gardes
allemandes. Weygand propose alors une tactique en hérisson : des points
d’appui laissent passer les chars mais bloquent l’infanterie
d’exploitation. Début juin, c’est ce qui se met en place alors que le
général en chef essaie de reconstituer deux groupements blindés autour
des 1ère et 3e Divisions Cuirassées.
Il faudrait
disposer de troupes pouvant attaquer sur les flancs les colonnes de
Panzer. L’offensive reprit le 5 juin. A ce moment l’organisation de
l’armée allemande a été modifiée : l’armée du Rhin passe à 24
divisions, le GAB de von Bock (qui devra attaquer Paris et la Basse
Seine) compte à présent 41 divisions et 6 PzD, et le GAA de von
Rundstedt (qui doit prendre à revers la ligne Maginot) se voit
attribuer 41 divisions et 4 PzD. Au jour fixé pour lancer l’offensive,
le GAB attaque le GA3 (20 divisions). Mais si la 7e armée du général
Frère résiste, la 10e armée est enfoncée par Hoth dès le 6 juin. Le 9,
Rommel atteint la Seine. Manstein avec son 18e corps d’infanterie
motorisée fait tout aussi vite. Le 9 toujours, le GAA attaque. La 12e
armée est bloquée par De Lattre de Tassigny et Aublet entre l’Argonne
et Rethel. Mais à l’ouest de Rethel, La PzD de Guderian crée une tête
de pont. Le groupement blindé Buisson contre-attaque et ralentit un
moment l’avance allemande, mais à l’ouest, le front s’écroule. Le 10,
l’armée allemande atteint la Meuse. De ce fait, la ligne de l’Aisne
doit être reculée en direction des monts de Champagne.
À
partir du 10 juin, la guerre est virtuellement terminée. L’armée
française est en retraite sur toute la largeur du territoire, sans
réserves. Toutes les divisions sont désorganisées et mélangées à des
milliers de réfugiés. Le 12 juin, Weygand annonce au conseil des
ministres que la guerre est perdue et que « la cessation des hostilités
s’impose ». En réalité, le GA2, malgré des prélèvements, constitue
encore un « ensemble homogène », et le front italien tient pied à pied.
Mais l’avance allemande est très rapide, dans toutes les directions.
Hoth force la Basse Seine le 13 juin. Le même jour, von Kleist déborde
Paris et prend les ponts de Nogent et de Romilly. Le 14 la « ville
ouverte de Paris » est occupée. Hoth prend la route de la Bretagne et
de Cherbourg où les Anglais rembarquent le 18, juste avant que la
garnison ne se rende le 19. Plus à l’est, la 12e armée et Guderian
avancent également très vite. Chaumont est prise le 14, Besançon et
Vesoul le 16, la frontière suisse le 17. Le GA2 est isolé dans les
Vosges, attaqué par le GAC depuis la Sare et le Rhin le 14. Au centre,
mis à part le cas de la résistance des ponts de Saumur, la Seine et la
Loire sont rapidement franchies.
Pétain devient
président du conseil après la démission de Paul Reynaud. Il débute les
négociations le 17. Le 21, à Rethondes, une délégation française «
prend connaissance des conditions d’armistice ». Elles sera signées le
lendemain. Le GA2 a tenu jusqu’au dernier moment. Les garnisons de la
Ligne Maginot ne déposeront les armes que début juillet. Dans les Alpes
et sur l’Isère, la 6e armée (général Olry) se bat jusqu’au 25, moment
où les Italiens et les Allemands la prennent à revers.
VI. L’Armistice
Début
juin 1940, la France est désorganisée et sur le point d’être vaincue.
Il n’y aura pas de nouvelle bataille de la Marne. Les milliers d’actes
héroïques ne compensent pas les pertes énormes. Le 16 juin, Reynaud
démissionne, espérant peut-être que Lebrun (président de la République)
le rappelle dans un nouveau cabinet dont seraient éliminés tous les
partisans d’un arrêt des combats. Mais c’est Pétain qui fut appelé. Ce
dernier fit tout pour communiquer avec l’Allemagne et l’Italie. Le 17,
Pétain annonce à la radio : "L’heure est venue de cesser le combat".
Cette phrase a fait sensation car sous-entendait que des milliers de
soldats étaient morts pour rien. Il y avait alors 3 solutions :
- l’armistice qui engageait le gouvernement.
- la capitulation de l’armée (punie de mort par le code militaire français car déshonorante).
- La continuation de la guerre avec les colonies, la marine ..
La
seconde alternative était impensable. Un accord franco-britannique du
28 mars 1940 avait fixé que les deux pays ne pourraient conclure ni
armistice, ni paix séparée. Les Anglais y consentiraient si la marine
et l’aviation quittaient la France pour l’Afrique ou les ports
britanniques. Le problème est que si la France continuait la guerre en
Afrique, Hitler pourrait franchir l’Espagne et envahir l’Afrique du
Nord. Le 18 juin 1940, De Gaulle fit un discours à la BBC pour que la
France continue le combat. Mais il était seul. De son côté, Mussolini
voulait sa part du gâteau. Les Allemands ne voulaient pas d’une paix
mais d’un armistice. L’armistice entre la France et l’Allemagne est
signé le 22 juin à 18 heures 30 en forêt de Compiègne, dans le wagon de
l’armistice de 1918. Le 23 juin, les plénipotentiaires français
arrivent à Rome, l’armistice sera signé le lendemain.
En
45 jours, l’armée allemande a détruit 8 divisions hollandaises, 22
belges, 9 britanniques et 94 françaises. Les armées britanniques ont pu
être rembarquées mais tout leur matériel est resté aux mains des
Allemands. Toutes les côtes, de la Norvège au golfe de Gascogne, sont
occupées par les forces allemandes. C’est donc une pique évidente en
direction de la Grande-Bretagne. Une fois de plus, la Blitzkrieg a
montré son efficacité. Poussé par le temps, Hitler a du chercher
rapidement la décision et a pour cela forgé une puissante machine de
guerre. A cela s’ajoute un plan audacieux qui a créé la surprise
initiale. Mais il ne faut pas oublier que la France s’est battue. Les
Français eurent 90 000 tués (soit autant que lors des six premiers mois
de la Première Guerre mondiale), 200 000 blessés et 1,9 million de
prisonniers. Les Allemands, eux, dénombrèrent 27 000 morts, 120 000
blessés et 18 000 disparus. Les Belges perdirent 7 500 hommes et les
Anglais 3 500.
Auteur : Guillaume Sevin
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