En 1896, dans le cadre de la modernisation de ses forces de sécurité, le gouvernement de Porfirio Díaz décide d’équiper la Police rurale mexicaine (gendarmerie) avec une arme atypique et innovante : la carabine-revolver Pieper modèle 1893. Ce choix s’inscrit en complément des armes longues déjà en service, comme les fusils Remington Rolling Block et Springfield Trapdoor.
La carabine Pieper 1893 reprend le concept du revolver éponyme, en l’adaptant au format d’une arme d’épaule. Elle combine plusieurs innovations mécaniques majeures de son époque : un barillet basculant de type Colt 1889, couplé à un système dans lequel le barillet avance lors du tir afin de colmater l’entrée du canon. Ce mécanisme ingénieux limite les pertes de gaz et améliore les performances balistiques, un procédé que l’on retrouve aussi sur le revolver Nagant 1895.
Ce principe avait été inventé dès 1886 par l’armurier belge Henri Pieper, alors qu’il travaillait chez Bayard, un concurrent direct de la firme Nagant.
La carabine-revolver Pieper est équipée d’un barillet basculant de 9 coups, chambré pour une munition spécifique : la cartouche 8 mm Pieper développée en 1889. D’une longueur totale de 41 mm, elle intègre une ogive de 8,65 g propulsée à une vitesse comprise entre 300 et 350 m/s. L’ogive est profondément insérée dans l’étui, permettant aux lèvres de la cartouche de s’imbriquer dans le canon lorsque le barillet avance, ce qui assure une excellente étanchéité. Avec une énergie de tir avoisinant les 500 joules, cette munition se classe parmi les plus puissantes de la fin du XIXe siècle.
Les organes de visée fixes sont réglés pour 100 mètres, mais une planchette élévatrice permet de tirer jusqu’à 900 mètres, ce qui témoigne des ambitions militaires portées par cette arme.
Seulement 300 exemplaires de cette carabine-revolver seront produits entre 1896 et 1898 dans les ateliers de Pieper-Bayard.
Pendant la guerre civile mexicaine, l’arme sera utilisée par les forces pro-gouvernementales. Appréciée pour sa précision et son ingéniosité mécanique, elle se révèlera néanmoins fragile dans un usage intensif. Son mécanisme sophistiqué, notamment le système de bascule du barillet, peut casser sous un usage rude. De plus, l’avant-bras en bois, qui recouvre complètement le canon, est souvent endommagé. Les rares exemplaires encore existants montrent presque tous des traces d’usage très marqué.
Fait remarquable : la carabine Pieper 1893 peut aussi tirer des munitions de type .32-20 Winchester, bien que de façon sous-optimale. Cela permettait néanmoins aux utilisateurs de disposer d’un approvisionnement alternatif en munitions, particulièrement utile en temps de guerre.
L’arme sera progressivement remplacée dans les années 1950 par le M1 Garand, puis par le FN FAL, produit localement au Mexique.
Spécifications techniques
| Fonctionnement | Simple et double action |
| Calibre | 8 mm |
| Munition | 8 mm Pieper (8×41 mm R) |
| Cadence de tir | 20 coups/min |
| Capacité | 9 cartouches |
| Portée pratique | 300 m |
| Masse | 2,950 kg |
| Longueur totale | 927 mm |
| Longueur du canon | 501 mm |
| Vitesse initiale | 350 m/s |