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Pourquoi la fin de la Seconde Guerre mondiale est célébrée le 8 mai en France… et le 9 mai en Russie ?

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la capitulation allemande, les commémorations du 8 mai 2025 ont revêtu une solennité particulière en France. Pourtant, cette date ne fait pas consensus dans le monde entier. En Russie, et dans plusieurs pays issus de l’ex-URSS, c’est le 9 mai qui marque la fin du conflit. Pourquoi deux dates pour un même événement historique ? La réponse tient à la fois au déroulement des derniers jours de la guerre et aux enjeux géopolitiques de l’époque.

Deux signatures, deux lieux, deux fuseaux horaires

La chute du Troisième Reich s’accélère au début du mois de mai 1945. Après la bataille de Berlin, remportée par l’Armée rouge le 2 mai, la capitulation allemande devient inévitable. Le 7 mai, à 2h41 du matin, dans une école de Reims transformée en quartier général allié, les représentants de la Wehrmacht signent une première reddition sans condition face aux forces alliées, sous la supervision du général Eisenhower. Cette capitulation prévoit l’arrêt des combats pour le 8 mai à 23h01.

Mais cette première signature, faite en l’absence de représentants soviétiques, ne satisfait pas Joseph Staline. L’Union soviétique, qui a subi d’immenses pertes humaines et militaires, exige une reconnaissance plus directe de son rôle dans la victoire. Une seconde cérémonie est donc organisée à Berlin, en zone soviétique, le 8 mai à 23h01, en présence cette fois des quatre grandes puissances : URSS, États-Unis, Royaume-Uni et France.

C’est là que naît la divergence. À Moscou, en raison du décalage horaire, il est déjà le 9 mai à 1h01 du matin. C’est pourquoi la Russie et plusieurs pays d’Europe de l’Est retiennent cette date pour célébrer la « Journée de la Victoire ». En France, comme dans de nombreux pays d’Europe occidentale, c’est le 8 mai qui est resté comme date officielle de la fin de la guerre en Europe.

Une date devenue fériée… puis contestée… puis rétablie

En France, le 8 mai est aujourd’hui un jour férié. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Dès 1946, une première loi fixe la commémoration au dimanche suivant le 8 mai. En 1953, la date devient officiellement fériée. Puis, dans le cadre de la réconciliation franco-allemande, le gouvernement de Charles de Gaulle supprime le jour chômé en 1959, bien que les cérémonies soient maintenues chaque deuxième dimanche de mai. Cette période voit émerger une autre date symbolique : le 9 mai, en référence au discours de Robert Schuman sur la construction européenne, prononcé en 1950.

C’est finalement en 1981 que le président François Mitterrand rétablit le 8 mai comme jour férié en hommage à la fin de la guerre.

Un devoir de mémoire en mutation

Si le 8 mai reste une date importante en France, la manière de le commémorer évolue. La baisse de participation aux cérémonies, la méconnaissance du conflit parmi les jeunes générations et les tensions internationales rendent parfois l’événement moins lisible. À Berlin, où le 8 mai n’est pas férié, la ville a choisi de déclarer ce jour chômé en 2025, comme elle l’avait déjà fait en 2020, pour « rappeler que la paix n’est jamais acquise ».

Une mémoire partagée, mais aux visages multiples

Aujourd’hui, la Seconde Guerre mondiale ne s’achève pas à une date unique, mais se souvient différemment selon les nations. En Russie, la « Journée de la Victoire » du 9 mai reste une célébration patriotique majeure, souvent marquée par des défilés militaires impressionnants. En France, la commémoration du 8 mai, plus sobre, met l’accent sur la mémoire, la paix et la réconciliation.

Quatre-vingts ans après 1945, les héritages de la guerre continuent de s’inscrire dans des calendriers différents, mais avec une même volonté : ne jamais oublier.

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