En 1884, l’Uruguay achète un lot d’environ 10 000 fusils Mauser Model 1871 afin d’uniformiser l’armement de son armée.
Cette république a acquis son indépendance vis-à-vis de l’Argentine et du Brésil grâce à la bénédiction de l’Angleterre afin de garantir une stabilité régionale.
En 1894, face à l’obsolescence du Mauser 1871, le gouvernement uruguayen charge M. Dovitiis, homme d’affaires basé à Montevideo et équipementier de l’armée, de parcourir l’Europe afin de trouver une solution de modernisation économiquement viable pour ces armes. Les négociations et contrats qui découlent de cette mission provoqueront par la suite une importante polémique politique et financière en Uruguay, l’opération étant accusée par certains milieux d’avoir coûté très cher pour moderniser des fusils déjà considérés comme dépassés.
La solution retenue consiste à convertir les 10 000 fusils et 5 000 carabines Mauser 1871 au calibre 6,5×53,5 mm Daudeteau. Les travaux sont réalisés par la Société Française d’Armes Portatives (S.F.A.P.), basée à Saint-Denis.
Après transformation, les armes reçoivent la désignation de Mauser 1871/94.
Cette modernisation permet au vieux Mauser monocoup d’obtenir des performances balistiques nettement plus modernes grâce à l’emploi d’une munition à grande vitesse initiale, offrant une trajectoire plus tendue et mieux adaptée aux standards militaires de la fin du XIXᵉ siècle.
Pour la S.F.A.P., ce contrat représente également une importante bouffée d’oxygène financière. L’entreprise peine alors à imposer ses fusils et carabines sur le marché international malgré les qualités techniques du système Daudeteau. Bien que la société finisse par disparaître quelques années plus tard, une partie de ses installations et de son savoir-faire sera reprise par Manufrance.
Dans les faits, l’Uruguay reçoit initialement plusieurs lots de munitions de 6,5 mm Daudeteau défectueuses, dont les étuis ont tendance à se rompre lors du tir. Le problème provient notamment d’informations techniques incomplètes transmises par la S.F.A.P. concernant le choix d’une munition encore non finalisée.
Par la suite, la situation s’améliore avec la réception de lots de munitions conformes. Cependant, cette affaire renforce le scepticisme du gouvernement uruguayen quant à la viabilité du système d’arme, ce qui contribue à l’acquisition, dès 1896, des fusils Mauser Model 1895.
Comme les Rolling Block uruguayens convertis, ces Mauser 1871/94 demeurent maintenus en réserve opérationnelle jusque durant la Seconde Guerre mondiale, sauvés par les qualités intrinsèques de l’arme et, cette fois-ci, par des munitions fiables.
Spécifications techniques
| Fonctionnement | Culasse à verrou |
| Calibre | 6,5 mm |
| Munition | 6,5×53,5R Daudeteau |
| Longueur totale | 1,290 m |
| Longueur du canon | 0,800 m |
| Poids à vide | 4,650 kg |
| Capacité du magasin | 1 coup |