Le front de la Première Guerre mondiale étant figé, les assauts des belligérants se soldent par des pertes énormes et insoutenables à long terme. La France va chercher à innover, sachant que les Hotchkiss 1914 sont fiables et efficaces, mais elles manquent de mobilité en raison de leur poids excessif pour être portées par un homme, ainsi que du coût élevé de fabrication. En revanche, elle a analysé des armes plus légères comme les fusils-mitrailleurs Hotchkiss Portative 1909, le fusil-mitrailleur Lewis et le fusil-mitrailleur Madsen. Avant même le déclenchement des hostilités, la France, par son ingénieur le Colonel Chauchat, avait déjà réalisé des prototypes sur le système de long recul du canon, système Browning, avec la participation du contrôleur d’armes Sutter. Le canon recule sur quelques centimètres afin que la culasse rotative se déverrouille. Pour des raisons économiques et d’urgence, il est décidé de reprendre les plans initiaux mais en les adaptant à de nouvelles techniques industrielles en tôle emboutie, ayant pour principe l’économie d’échelle et la production de masse pour équiper le maximum de soldats au front à un prix de revient raisonnable. Là où une mitrailleuse MG08 sortait de l’usine, 5 fusils-mitrailleurs Chauchat en sortaient. C’est l’entreprise Cycle Gladiator qui a été choisie pour les fabriquer sous l’impulsion de son directeur Reyberolles, dont 262 000 fusils-mitrailleurs seront construits. La guerre n’était plus seulement dans les champs de bataille, mais aussi dans la macro-économie.

Le fusil-mitrailleur Chauchat innove par sa conception et sa légèreté ; un homme pouvait facilement le transporter sans excès de fatigue. Le fusil-mitrailleur avait un magasin demi-lune spécifique pour la 8mm Lebel, apportant sur le champ de bataille le feu nourri nécessaire aux troupes pour avancer ou se protéger. Cependant, étant une arme conçue dans l’urgence, elle avait des défauts de conception. À cause de son long recul de canon, elle ne pouvait pas tirer trop longtemps au risque de provoquer des dilatations de l’acier du canon qui coinçaient le mécanisme dans le châssis, la rendant ainsi inopérante. Parfois, la fabrication défectueuse du chargeur-magasin, ainsi que le manque de soins, provoquaient des incidents de tir. Le magasin avait une ouverture latérale afin que le binôme en charge d’approvisionner l’arme puisse regarder combien de munitions restaient dans celle-ci, mais cela engendrait l’opportunité à la saleté d’entrer et de provoquer des incidents de tir. Parfois, le ressort du chargeur était faible, et les soldats garnissaient à 18 cartouches au lieu de 20. Pour l’utilisateur, si l’arme fonctionnait correctement, le tir était agréable en semi-automatique et gérable en automatique grâce à sa cadence lente de tir (en effet, grâce aux cycles longs du mécanisme, cela permettait une chauffe moins rapide, une solution que les ingénieurs ont tenté de développer pour éviter la surchauffe). Un soin à l’entretien était primordial au bon fonctionnement de l’arme. En résumé, le Chauchat était une arme fabriquée dans l’urgence qui a sauvé la France à un moment critique. Les points négatifs s’effacent par rapport aux points positifs que l’arme a apportés. Cependant, il était clair pour l’état-major que l’arme était consommable et elle devait être remplacée dans les plus brefs délais, ce qui a engendré la naissance du MAC 24/29. Durant les années 20 et 30, la France a donné un certain nombre de FM Chauchat à ses alliés comme la Belgique, la Pologne, la Grèce, la Serbie, et les États-Unis. Une version sera construite pour l’armée américaine en 30-06 avec un chargeur droit, mais la fabrication sera mal exécutée. Malgré tout, l’arme a continué jusqu’à la campagne de France en 1940, où elle a participé à la contre-offensive de Stonne. Ensuite, elle a servi comme arme pour les troupes auxiliaires dans le mur de l’Atlantique et dans les forces françaises libres, et le Chauchat finira sa carrière dans les guerres coloniales. L’acronyme de CSRG = ChauchatSutterReyberollesGladiator.

 

Fusil-mitralleur 1915 CSRG CHAUCHAT

Fusil-mitralleur 1915 CSRG CHAUCHAT

 

Spécifications techniques

Fonctionnement  Long recul du canon
Calibre 8 mm
Munition 8x50mmR Lebel
Cadence de tir 250 coups/min
Capacité 20 cartouches
Portée 1000 m
Masse 8,7kg
Longueur 1140 mm
Longueur du canon 470 mm
Vitesse initiale 750 m/s

 

Merci à Alves Eric pour sa contribution