L’Empire ottoman, dans les années 1870, fit un achat stratégique majeur pour moderniser son armée, en acquérant 48 314 fusils et 18 425 carabines Winchester 1866 au calibre .44 Henry. Cet achat visait à remplacer les fusils à percussion à chargement par la bouche, jugés obsolètes, et à moderniser rapidement les forces armées ottomanes, en complément de l’adoption du fusil Martini-Peabody 1872.
À cette époque, l’Empire ottoman faisait face à une situation géopolitique extrêmement tendue, où le panslavisme atteignait son apogée. Son rival principal était la Russie, avec qui il luttait pour le contrôle de l’Europe centrale et l’accès à la mer Noire. Parallèlement, les nationalismes grandissants en Grèce, Roumanie, Bulgarie et Serbie menaçaient la stabilité de l’Empire.
Les fusils et carabines Winchester 1866 furent principalement affectés aux troupes auxiliaires, comme les artilleurs, pour qui le fusil Martini-Peabody de 1872 était inadapté. Ces armes à levier, appréciées pour leur cadence de tir élevée et leur robustesse, devinrent particulièrement prisées dans l’armée ottomane et restèrent en service bien au-delà des années 60, malgré l’introduction du fusil modèle 1887.
Le rôle le plus emblématique des Winchester ottomanes fut lors du siège de Plevna en 1877, où le général Osman Pacha utilisa les fusils à levier pour résister avec succès aux assauts des forces russes, roumaines et bulgares. Grâce à la capacité de feu rapide des Winchester, les Ottomans purent décimer les vagues d’attaques ennemies avec des balles de 13 grammes, de calibre .44 Henry (11 mm), atteignant une vitesse initiale de 340 m/s. Bien que les Russes finirent par capturer Plevna, la résistance d’Osman Pacha offrit une victoire politique significative à l’Empire ottoman, permettant de gagner du temps jusqu’à ce que la pression diplomatique des puissances européennes (Austro-Hongrie, France, Royaume-Uni) force la Russie à renoncer à ses ambitions immédiates.
L’Empire ottoman inventa également une version modifiée du Winchester, intégrant un système de refroidissement par eau pour le canon, dans le but d’augmenter sa durabilité lors des combats prolongés. La conception du fusil Winchester, basée sur un mécanisme à levier sous-garde, avait été perfectionnée par l’ingénieur B. Tyler Henry, et permettait de loger jusqu’à 14 cartouches dans son magasin tubulaire, offrant ainsi une cadence de tir rapide et soutenue.
Spécifications techniques
| Fonctionnement | Culasse à levier sous-garde |
| Calibre | 11 mm |
| Munition | .44 Henry |
| Cadence de tir | 50 coups/min |
| Capacité | 14 cartouches |
| Portée | 250 m |
| Masse | 4,3 kg |
| Longueur | 1 250 mm |
| Longueur du canon | 760 mm |
| Vitesse initiale | 340 m/s |