À l’aube des années 1940, alors que l’Allemagne s’engage dans une guerre industrielle totale, le MP 35 apparaît déjà comme une contradiction.
Il ne répond ni à la logique de l’urgence, ni à celle de la production de masse. Héritier direct de la tradition armurière allemande façonnée par Theodor Bergmann, il privilégie encore la qualité d’usinage, l’équilibre et l’élégance mécanique à la simplification extrême.
Sur le plan technique et architectural, le MP 35 allemand est un clone direct du MP 34, conçu par Steyr-Solothurn, d’origine suisse-autrichienne, avec des différences mineures et marginales.
Le MP 35 s’inscrit ainsi dans la continuité des MP 18, MP 28 et MP 34, sans chercher à rompre avec le passé. Il en constitue l’aboutissement tardif.
Sa silhouette longue, proche de celle d’un mousqueton, sa crosse en bois et ses finitions soignées évoquent davantage l’armurerie de tradition que l’arme standardisée d’une guerre moderne.
Produit entre 1940 et 1945 par Junker & Ruh à Karlsruhe, à environ 40 000 exemplaires, le MP 35 est destiné exclusivement aux Waffen-SS.
Son adoption par ces dernières est d’abord pragmatique. En début de guerre, Erma, déjà fortement sollicitée pour la production du MP 38 puis du MP 40, ne peut satisfaire simultanément les besoins de la Wehrmacht et ceux des SS. Ces derniers, encore perçus par l’appareil militaire comme des troupes paramilitaires auxiliaires, ne constituent pas une priorité dans l’attribution des armes issues de la production de masse.
Dans ce contexte, le MP 35 est accueilli avec un réel enthousiasme par les SS. Il leur offre une arme disponible, fiable, mais surtout distinctive. Là où le MP 40 symbolise la rationalisation industrielle, le MP 35 incarne une forme de continuité et de prestige. Son poids, sa longueur et sa cadence modérée traduisent une conception conservatrice, héritée de l’entre-deux-guerres, sans répondre aux impératifs de la guerre industrielle moderne.
Le chargeur latéral, le fonctionnement à culasse non calée et la cadence d’environ 350 coups par minute sont les caractéristiques techniques d’une arme conçue selon des standards antérieurs, privilégiant la robustesse mécanique et la qualité d’usinage, au prix d’un encombrement et d’un coût de production élevés.
Pour nombre de cadres SS, le MP 35 devient un marqueur de statut, presque un manifeste silencieux. À une époque où l’uniformité industrielle tend à effacer les singularités, il rappelle une vision du soldat comme figure d’élite, attachée à une certaine tradition martiale.
À bien des égards, le MP 35 est un anachronisme assumé.
Il illustre la coexistence, au sein du IIIᵉ Reich, de deux visions irréconciliables de l’armement individuel : l’une industrielle et pragmatique, l’autre héritée de l’entre-deux-guerres, attachée à la qualité et au symbole. Dans cette opposition, le MP 35 ne cherche pas tant à gagner la guerre qu’à incarner une idée.
Même si Junker & Ruh reste le principal fabricant du MP 35, il faut noter que l’entreprise Walther a produit environ 5 000 exemplaires entre 1936 et 1940.
Spécifications techniques
| Type | Pistolet-mitrailleur |
| Concepteur | Theodor Bergmann |
| Origine du design | Clone du MP 34 (Steyr-Solothurn, Suisse-Autriche) |
| Fabricant | Junker & Ruh (principal), Walther |
| Période de production | 1940 – 1945 (Walther : 1936 – 1940) |
| Fonctionnement | Culasse non calée (simple recul) |
| Mode de tir | Coup par coup / rafale |
| Calibre | 9 mm |
| Munition | 9 × 19 mm Parabellum |
| Longueur totale | 810 mm |
| Longueur du canon | 180 mm |
| Poids | 4,3 kg |
| Cadence de tir | Environ 350 coups/minute |
| Chargeur | Amovible, latéral |
| Capacité | 20 à 32 coups |
| Portée pratique | Environ 150 mètres |