Pistolet Mauser c96 coréen

Après la signature du traité de protectorat de 1905 avec le Japon, un vaste mouvement de contestation émerge en Corée. Ce traité, imposé contre l’avis de l’empereur Sunjong par cinq ministres, est perçu par la population comme une trahison nationale. Les signataires justifient néanmoins leur décision comme le seul moyen, selon eux, de protéger la Corée de l’expansion russe en Extrême-Orient.

En 1909, l’intellectuel et nationaliste coréen An Jung-geun assassine le diplomate japonais Itō Hirobumi à la gare de Harbin, en Chine, à l’aide d’un pistolet FN Herstal modèle 1900. Cet acte marque profondément les relations nippo-coréennes et sert de prétexte au Japon pour annexer officiellement la Corée en 1910.

En 1919, à la suite du mouvement du 1er mars, le Gouvernement provisoire de la République de Corée est proclamé en exil à Chongqing, en Chine. Sa branche armée, l’Armée de libération coréenne, est créée avec une trentaine de membres permanents, un effectif qui augmente rapidement. Elle est dirigée par le général Chi Sŏkkyu, nom de guerre de Chi Ch’ŏngch’ŏn.

Privés d’accès aux arsenaux de l’ancien Empire coréen, les indépendantistes s’appuient sur la diaspora coréenne installée en Chine, en Russie et en Corée. Celle-ci parvient à se procurer des pistolets Mauser C96, ainsi que de nombreuses copies chinoises, notamment dans des villes franches telles que Shanghai ou Vladivostok.

Le choix du Mauser C96 n’est pas anodin : cette arme avait déjà été officiellement adoptée par l’Empire coréen entre 1897 et 1905, ce qui en faisait une arme familière et symboliquement forte pour les combattants indépendantistes.

À la suite de plusieurs victoires remportées en Mandchourie en 1920, notamment à Fengwutung et Helong, le Kuomintang commence à considérer sérieusement cette force coréenne jusque-là marginale. Les combattants coréens se distinguent par leur discipline, leur ingéniosité et leur détermination.

L’Armée de libération coréenne est essentiellement composée de volontaires : intellectuels, étudiants, nationalistes et militants indépendantistes. Elle se spécialise dans les actions de guérilla, l’espionnage, le renseignement, les assassinats ciblés et le sabotage derrière les lignes japonaises.

La République de Chine intègre alors l’Armée de libération coréenne à la 17ᵉ armée du Kuomintang. Malgré ses propres pénuries, l’armée chinoise fournit régulièrement des Mauser C96 et leurs variantes locales aux unités coréennes.

Dans le même temps, de nombreux volontaires coréens enrôlés de force dans l’armée impériale japonaise désertent et rejoignent les rangs indépendantistes, apportant avec eux leurs armes et une expérience militaire précieuse.

Parallèlement, dès les années 1920, une autre force armée coréenne, d’orientation communiste, se développe : l’Armée unie antijaponaise du Nord-Est. Elle opère en Mandchourie au sein des forces communistes chinoises.

Parmi ses membres figurent Kim Il-sung, futur dirigeant de la Corée du Nord, ainsi que ses frères Kim Chŏl-ju (mort au combat) et Kim Yong-ju. L’action la plus célèbre de cette formation reste le raid de Pochonbo en 1937.
Cette armée utilise elle aussi des pistolets Mauser C96, provenant des dépôts chinois hérités de la période des seigneurs de la guerre.

Au total, l’Armée de libération coréenne comptera entre 339 et 564 cadres permanents et environ 18 000 volontaires, tandis que l’Armée unie anti-japonaise du Nord-Est atteindra près de 45 000 combattants.
Bien que idéologiquement opposées, ces deux organisations poursuivent le même objectif, la libération de la Corée, et emploient toutes deux le pistolet Mauser C96.

Après la Seconde Guerre mondiale et la libération de la péninsule, la Corée est divisée entre un Nord communiste et un Sud capitaliste. Le Mauser C96 reste en service des deux côtés durant la guerre de Corée (1950–1953).

Il est ensuite progressivement remplacé : par le Colt M1911 au Sud et par le Tokarev TT‑33, plus conforme aux standards soviétiques, au Nord.

Spécifications techniques

Pays d’origineAllemagne
FabricantMauser
TypePistolet semi-automatique
Calibre7,63 × 25 mm Mauser
Munition7,63 × 25 mm Mauser
FonctionnementCourt recul du canon, verrouillage par loquet arrière
Mode de tirSemi-automatique
Capacité10 cartouches (magasin interne, rechargé par lame-chargeur)
Longueur totale290 mm
Longueur du canon140 mm
Masse (non chargé)1,1 kg
Portée pratique100 m
ParticularitésPeut être équipé d’une crosse-holster en bois

Merci à Alves Eric pour sa contribution