Pistolets et révolvers dans l’armée paraguayens

Pour la République du Paraguay, pays pauvre et essentiellement agricole, l’achat d’armement représentait un investissement colossal. Les armes de poing étaient souvent laissées à la charge des officiers, l’État n’ayant pas les moyens d’équiper la petite armée en « armes secondaires ». Cette situation perdura jusqu’en 1927 : face à des tensions croissantes avec la Bolivie autour de prospections pétrolières à la frontière, le Paraguay achète en urgence 324 pistolets FN Herstal modèle 1903 en 9 mm long — bénéficiant d’une remise de fin de série, le modèle n’étant plus produit en 1927.

Jusqu’en 1929, le pays acquiert également quelques centaines de pistolets Colt modèle 1903 en .32 Browning (ACP). Ces deux modèles deviennent dans un premier temps les pistolets officiels de l’armée paraguayenne. Lorsque la Bolivie déclenche la guerre, l’Argentine cède d’abord quelques centaines de pistolets Mannlicher 1905 ; mais, à partir de 1934 et avec l’instauration de l’embargo par la Société des Nations, le Paraguay se retrouve dans une situation délicate.

Pour contourner l’embargo, une société écran — « CASA FERREIRA », présentée comme spécialisée dans les produits agricoles — est créée. Sous ce couvert, le Paraguay importe clandestinement plusieurs centaines de revolvers espagnols fabriqués dans les Basques (Orbea, Guisádola Hermanos, Trocaola, Aranzabal y Cía), souvent des copies de Smith & Wesson Hand Ejector ou de Colt New Service en .32 S&W Long ou .38 Spéciale. Sont également importés clandestinement des Smith & Wesson modèle 10 et des Colt New Service en .38 Spéciale, qui se vendent très cher sur le marché américain.

Dans les faits et jusqu’en 1935, ces revolvers espagnols deviennent de plus en plus fréquents dans les étuis des officiers et sous-officiers paraguayens : ils sont abordables (fin des commandes officielles) et la qualité de production après-guerre est souvent satisfaisante (temps suffisant pour soigner les finitions). Ces armes se révéleront fiables et endurantes malgré les conditions difficiles de « l’enfer vert » ; beaucoup restent encore aujourd’hui des armes familiales chez des descendants de vétérans.

Après 1938, les armes de poing finiront par être progressivement remplacées par des pistolets FN Herstal GP-35 et par des revolvers Smith & Wesson modèle 10.

Merci à Alves Eric pour sa contribution