Afin d’armer la royauté albanaise, l’Italie, devenue le protecteur et le formateur du royaume albanais, fournit 1 104 revolvers Glisenti modèle 1889, dits Bodeo, ainsi qu’environ 1 000 pistolets Glisenti modèle 1910.
Pour l’Italie, c’était l’occasion de se défaire de stocks devenus encombrants après-guerre, lors du remplacement de ces armes par des pistolets Beretta, et de s’assurer de la fidélité des Albanais.
Le revolver Glisenti modèle 1889 (dit Bodeo)
Le revolver Glisenti 1889 a été inventé par l’armurier napolitain Carlo Bodeo, en se basant sur le revolver d’ordonnance modèle 1874 à mécanisme Chamelot-Delvigne. Carlo Bodeo lui apporte plusieurs améliorations :
- l’ajout du système Abadie, qui permet un gain de temps au chargement et rechargement ;
- le déplacement de la baguette éjectrice au centre, montée sur un fléau pivotant, ce qui améliore la praticité et réduit l’encombrement ;
- une détente pivotante, dont l’extrémité se verrouille sur le bâti, garantissant une meilleure sécurité lors du transport.
Ce revolver à 6 coups, chambré en 10,35 mm, tire une cartouche à poudre noire très efficace en défense (288 joules). Également appelé revolver de troupe, il était en cours de remplacement par les pistolets Beretta dans l’armée italienne, bien que les militaires italiens aient toujours eu une grande estime pour cette arme.
Le pistolet Glisenti modèle 1910
Le pistolet Glisenti est l’invention de Bethel Abiel Revelli, ingénieur à la société Glisenti. L’arme ressemble beaucoup au Luger allemand, mais mécaniquement, elle se rapproche davantage du Mauser C96 et du Nambu type 14.
Initialement conçue autour du calibre 7,65 Parabellum, l’arme est testée en 1908 par une commission de l’armée italienne. Les militaires, déçus par la munition, demandent à Glisenti de l’adapter au 9 mm Parabellum. Les ingénieurs essaient par tous les moyens de permettre à l’arme de tirer cette munition, mais cela se révèle structurellement impossible en raison des pressions trop élevées générées par les gaz.
La seule solution consiste à créer une munition de 9 mm Parabellum sous-chargée, donnant naissance au 9 mm Glisenti, développant une énergie de 370 joules, équivalente à celle du 7,65 Parabellum initialement prévu.
L’arme est adoptée en 1910 par l’armée italienne, mais souffre de faiblesses structurelles dès le départ, notamment des ruptures de pièces (extracteur, percuteur). Une amélioration est apportée en 1912 pour renforcer la construction du pistolet. Cependant, en conditions de guerre, l’arme ne donnera pas satisfaction aux militaires italiens et sera progressivement remplacée par les pistolets Beretta.
Contrairement à ce qui est souvent dit, l’arme ne possède pas un mécanisme complexe : Revelli a réalisé un travail de rationalisation industrielle, en s’appuyant sur un principe de court recul du canon et un verrouillage par loquet arrière. L’arme est donc simple à fabriquer, mais a souffert du passage forcé au 9 mm, qui l’a fragilisée.
Les deux armes sont fabriquées en majorité par la société Glisenti, avec un soin de fabrication notable.
Elles équiperont toutes les forces albanaises jusqu’à l’invasion italienne de 1939, puis seront utilisées lors de la guérilla albanaise jusqu’à la libération du pays en 1944 par Enver Hoxha. Pendant ce conflit, plusieurs revolvers 1889 et pistolets 1910 seront saisis directement sur l’ennemi, à l’occasion d’escarmouches.
Spécifications techniques
| Revolver Glisenti 1889 (Bodeo) | Pistolet Glisenti 1910 | |
|---|---|---|
| Fonctionnement | Simple et double action | Semi-automatique |
| Calibre | 10,35 mm | 9 mm |
| Munition | 10,35 × 25R Glisenti | 9 × 19 mm Glisenti |
| Cadence de tir | 25 coups/min | 18 coups/min |
| Capacité | 6 cartouches | 7 cartouches |
| Portée | 50 m | 50 m |
| Masse | 0,900 kg | 0,909 kg |
| Longueur | 235 mm | 210 mm |
| Longueur du canon | 114 mm | 102 mm |
| Vitesse initiale | 240 m/s | 300 m/s |