Revolver Nagant 1895 coréen

Après le traité de protectorat signé en 1905 avec le Japon, un mouvement contestataire apparaît, d’autant plus que ce traité a été conclu contre la volonté de l’empereur Sunjong par cinq ministres. Considérés comme des traîtres par la population, ceux-ci pensaient pourtant agir pour protéger la Corée de l’expansion russe.

En 1909, l’intellectuel nationaliste coréen An Jung-geon assassine le diplomate japonais Itō Hirobumi à la gare de Harbin, en Chine, à l’aide d’un pistolet FN 1900. En réaction, le Japon décide d’annexer la Corée en 1910.

En 1919 est proclamé le Gouvernement provisoire de la République de Corée, en exil à Chongqing (Chine). Sa branche armée, l’Armée de libération de la Corée, est formée avec une trentaine de cadres permanents, sous la direction du général Chi Sŏkkyu (nom de guerre : Chi Ch’ŏngch’ŏn).

Ne pouvant plus compter sur les dépôts de pistolets Mauser C96 acquis durant l’Empire de Corée (1897-1905), la diaspora coréenne établie entre la Chine, la Russie et la Corée entre en contact avec divers groupes anti-impérialistes russes, peuples indigènes du fleuve Amour, anarchistes ou communistes. Ces groupes fournissent des revolvers Nagant 1895 issus de stocks saisis ou détournés à Vladivostok, notamment après la défaite russe de 1904 face au Japon et les révolutions de 1917.

Revolver à simple et double action, chambré en 7,62 Nagant, utilisant un mécanisme particulier dans lequel le barillet avance vers le canon lors du tir afin d’assurer une étanchéité des gaz. Arme robuste, fiable et adaptée aux conditions difficiles, elle est largement utilisée dans toute la zone russo-mandchoue.

Après les victoires coréennes de 1920 en Mandchourie, notamment à Fengwutung et Helong, le Kuomintang prend au sérieux cette petite armée, dont les membres se montrent disciplinés, ingénieux et déterminés dans leur combat pour l’indépendance. Volontaires pour la plupart, souvent intellectuels, étudiants ou nationalistes, ils se spécialisent également dans l’espionnage, la collecte de renseignements, les assassinats ciblés et les opérations de sabotage derrière les lignes japonaises.

La République de Chine intègre ensuite l’Armée de libération à la 17e armée du Kuomintang. De nombreux Coréens, notamment ceux ayant été enrôlés de force dans l’armée japonaise, rejoignent alors l’Armée de libération et y apportent une précieuse expérience militaire.

Malgré les efforts importants de la diaspora, le nombre de revolvers Nagant reste insuffisant pour couvrir les besoins de l’Armée de libération, et ceux-ci sont utilisés faute d’un armement plus moderne et plus abondant.

Parallèlement, l’Armée unie anti-japonaise du Nord-Est, à laquelle appartiennent Kim Il-sung, ses frères Kim Chol-ju (mort au combat) et Kim Yong-ju, reçoit un soutien accru de l’Union soviétique à partir de 1941. Menacée d’anéantissement par les forces japonaises, cette armée d’environ 45 000 hommes se replie en URSS, intègre l’Armée internationale soviétique et participe à l’invasion du Mandchoukou en 1945.

Au total :

  • l’Armée de libération de la Corée comptera entre 339 et 564 membres permanents et environ 18 000 volontaires ;
  • l’Armée unie anti-japonaise du Nord-Est regroupera environ 45 000 combattants.

Le revolver Nagant 1895 est utilisé par les deux forces coréennes, nationalistes comme communistes, durant toute la période.

Après la libération de la Corée et sa division en deux États, les revolvers Nagant sont naturellement attribués au Nord, tandis que le Sud adopte le Colt 1911 et le Smith & Wesson Modèle 10. Les Nagant participent encore à la guerre de Corée (1950-1953), avant d’être progressivement remplacés par les pistolets TT-33, puis par leur version nord-coréenne, le Type 68.

Spécifications techniques

TypeRevolver simple et double action
OrigineEmpire russe / Belgique (Nagant Frères)
Calibre7,62×38 mm R Nagant
Capacité7 coups
SystèmeAvancement du barillet pour obturation des gaz
Longueur totale235 mm
Longueur du canon114 mm
PoidsEnviron 730 g
Mise en service1895
ParticularitéArme compatible avec un silencieux grâce à l’étanchéité des gaz

Merci à Alves Eric pour sa contribution