Dans le cadre du jeu d’équilibre géopolitique opposant la Russie et l’Empire britannique à la fin du XIXᵉ siècle, l’Empire perse, sous forte influence de Saint-Pétersbourg, décide, avec l’accord et la supervision des officiers russes de la Brigade cosaque persane, d’adopter les armes de poing réglementaires de l’armée impériale russe.
Ainsi, la Brigade cosaque persane est équipée, selon les estimations disponibles, d’environ 2 000 revolvers Smith & Wesson n°3 Modèle Russe. Ce revolver à brisure, à simple action, doté d’une extraction automatique et chambré pour la puissante et réputée cartouche .44 Russian, est reconnu pour sa grande fiabilité. Il devient rapidement l’arme emblématique de cette unité d’élite, servant de fait de garde prétorienne des Shahs et participant à la répression de nombreuses révoltes dans l’Empire.
Au début du XXᵉ siècle, la Brigade cosaque persane modernise progressivement son armement en adoptant environ 3 500 revolvers Nagant 1895, identiques à ceux en service dans l’armée impériale russe.
Le Nagant, en calibre 7,62×38R, se distingue par son mécanisme unique : lors du tir, le barillet avance afin de créer une étanchéité presque parfaite entre la chambre et le canon, réduisant fortement la perte de gaz, une particularité rare pour un revolver. L’arme est à barillet fixe, possède une capacité de 7 coups et fonctionne en simple et double action.
Même après la dissolution de la Brigade cosaque et son intégration dans l’armée nationale iranienne dans les années 1920, les Nagant 1895 restent en service. Ils sont encore présents lors de l’opération Countenance en 1941, durant l’invasion anglo-soviétique et la destitution de Reza Shah.
Les Smith & Wesson n°3, devenus anciens et usés, subsistent en faible quantité : environ 200 exemplaires, désormais relégués aux réserves ou transférés aux polices rurales, restent en service jusque dans les années 1930–1940.
Spécifications techniques
Smith & Wesson n°3 Modèle Russe
| Pays d’origine | États-Unis / Russie impériale |
| Fabricant | Smith & Wesson |
| Période d’adoption russe | 1871–1874 |
| Type | Revolver militaire à brisure (top-break), simple action |
| Calibre | .44 Russian (11 mm) |
| Mode de tir | Simple action |
| Capacité | 6 coups |
| Système | Brisure avec extracteur automatique en étoile |
| Longueur totale | Environ 300 mm |
| Longueur du canon | 7 pouces (178 mm), selon versions |
| Poids | Environ 1 200 g |
| Sécurité | Cran de demi-armé + sûreté mécanique sur le chien |
| Vitesse initiale | Environ 230 à 260 m/s |
| Énergie | Environ 400 à 500 joules |
| Portée pratique | 30 à 50 m |
| Munition | .44 Russian, projectile de 246 grains (16 g) |
Nagant M1895
| Pays d’origine | Russie impériale / Belgique (Nagant Frères) |
| Fabricant | Tula ; Izhevsk |
| Adoption | 1895 |
| Type | Revolver militaire DA/SA, barillet fixe |
| Calibre | 7,62×38R Nagant |
| Mode de tir | Simple et double action (selon version) |
| Capacité | 7 coups |
| Système | Barillet fixe, chargement par port latéral |
| Spécificité | Barillet avancé au tir assurant l’étanchéité des gaz |
| Longueur totale | 234 mm |
| Longueur du canon | 4,5 pouces (114 mm) |
| Poids | Environ 875 g |
| Sécurité | Aucune sécurité manuelle dédiée |
| Vitesse initiale | Environ 260 à 290 m/s |
| Énergie | Environ 300 à 320 joules |
| Portée pratique | 25 à 50 m |
| Munition | 7,62×38R, balle de 108 à 113 grains (7 à 7,3 g) |