Malgré l’adoption du fusil type 13 en 1880, celui-ci était déjà dépassé sur le plan technologique, voire obsolète. En effet, à cette époque, les avancées militaires se succédaient à grande vitesse, et les fusils réglementaires les plus modernes adoptaient des systèmes à répétition, comme en témoignaient les fusils Henry (1860) et Spencer. En 1885, le colonel Murata entreprit un voyage en Europe pour étudier les dernières innovations dans le domaine des armements.
La Suisse fut la première nation européenne à adopter un fusil à répétition avec le Vetterli en 1869, suivie par la France avec le fusil Kropatschek de la marine (1878). L’Allemagne introduisit le fusil Mauser 71/84 en 1884, tandis que la France poursuivait son avancée avec le modèle 1884 et, en 1886, le fusil Lebel, accompagné du fusil Kropatschek 1886 adopté par le Portugal.
Conscient des avantages indéniables des fusils à répétition sur les modèles monocoup, le colonel Murata s’inspira principalement du fusil Kropatschek 1886 portugais pour concevoir son nouveau modèle. Dès 1889, le fusil était prêt : un fusil à verrou équipé d’un magasin tubulaire de 8 cartouches.
Ce magasin tubulaire avait une particularité : son diamètre identique à celui du canon du fusil type 13 permettait de réutiliser les mêmes baïonnettes. Le calibre de 8 mm s’inspirait du 8 mm Guedes portugais et du 8 mm Lebel. La cartouche, dérivée de celle du 11 mm Murata, avait été réduite à 8 mm. Elle ressemblait à la munition portugaise, mais avec une forme moins prononcée que celle du 8 mm Lebel. Initialement chargée à poudre noire, la cartouche passa rapidement à la poudre sans fumée après son invention par Paul Vieille en 1886.
Adopté par l’armée et la marine impériale, le fusil prit le nom de type 22. Il était réputé fiable, bien fini et fonctionnait efficacement dans des températures basses. Une version carabine fut également conçue, dotée d’un canon de 495 mm.
Le fusil type 22 joua un rôle mineur durant la Première guerre sino-japonaise (1894) et la guerre russo-japonaise (1904). En revanche, il fut le fusil principal de l’invasion de Formose (Taiwan) en 1895 et de la rébellion des Boxers en 1900.
Sa carrière opérationnelle fut toutefois relativement courte. Dès 1897, le type 30 le remplaça, et sa production cessa définitivement en 1899. Peu à peu, les fusils type 22 furent relégués aux auxiliaires ou entreposés dans les arsenaux. Vers la fin des années 1890, son magasin tubulaire et sa munition de 8 mm limitèrent son évolution. Les systèmes Mannlicher, Mauser et Lee s’avérèrent plus performants, et la cartouche de 8 mm, bien que puissante, n’était pas adaptée aux systèmes automatiques. Une augmentation de la pression de la cartouche aurait risqué de provoquer des surpressions et l’éclatement du fusil.
Dans les années 1930, les fusils type 22 furent utilisés massivement par l’armée du Mandchoukou. En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils furent une dernière fois ressortis pour équiper le Kokumin Giyū Sentōtai, corps de volontaires civils chargés de défendre le Japon contre une potentielle invasion américaine.
Spécifications techniques
| Fonctionnement | Culasse à verrou |
| Calibre | 8 mm |
| Munition | 8x53R |
| Cadence de tir | 15 coups/min |
| Capacité | 8 cartouches |
| Portée | 1000 m |
| Masse | 4 kg |
| Longueur | 1210 mm |
| Longueur du canon | 750 mm |
| Vitesse initiale | 620 m/s |