Après la guerre, les populations européennes qui avaient subies la barbarie nazie demandèrent justice. C’est dans cette optique que fut mis en branle le procès de Nuremberg où furent jugés les principaux chefs nazis. Ils étaient accusés d’un crime nouveau, celui contre l’Humanité, concept alors inédit.

 

Le procès

Qui sont ces hommes ?
Premier rang, de gauche à droite (voir photo ci-dessous) : Hermann Göring , Rudolf Hess , Joachim von Ribbentrop , Wilhelm Keitel , Ernst Kaltenbrunner , Alfred Rosenberg , Hans Frank , Wilhelm Frick , Julius Streicher , Walther Funk , Hjalmar Schacht.

Deuxième rang, de gauche à droite : Karl Dönitz , Erich Raeder , Baldur von Schirach , Fritz Sauckel , Alfred Jodl , Franz von Papen , Arthur Seyss-Inquart , Albert Speer , Konstantin van Neurath , Hans Fritzsche.

Les criminels de guerre nazis au banc des accusés

Les criminels de guerre nazis au banc des accusés

 

Chefs d’accusation

Les juges britanniques et américains Lawrence et Biddle discute lors de l'ouverture du procès le 20 novembre 1945

Les juges britanniques et américains Lawrence et Biddle discute lors de l’ouverture du procès le 20 novembre 1945

Ce n’est qu’en 1945 que le monde découvre officiellement et avec effroi la réalité : six millions de Juifs, du seul fait de leur naissance, ont péri dans les chambres à gaz, de même que des tziganes et des homosexuels. L’Europe et le monde sont atterrés. La nature humaine est-elle donc capable de telles atrocités ?

Le Premier ministre britannique, Churchill, réclamait le châtiment des crimes commis. Une autre solution fut retenue : le jugement des principaux dirigeants du IIIe Reich et d’organisations civiles et militaires national-socialistes. Les modalités du procès furent fixées au cours de la conférence de Potsdam, le 8 août 1945. Les pays alliés signeront ensuite les accords de Londres établissant les statuts d’un tribunal spécial interallié, composé de quatre juges représentant les quatre grandes nations (un américain, un britannique, un soviétique et un français). Le choix du lieu est symbolique : Nuremberg, l’ancienne « ville sainte » du nazisme (qui avait accueilli notamment des parades nazies). Les plus hauts dignitaires du parti national-socialiste et les chefs de la Wehrmacht comparaîtront devant lui pour y répondre de trois principaux chefs d’accusation:

– crimes contre la paix ;

– crimes de guerre : violation des lois et coutumes de guerre, c’est-à-dire p.ex. assassinat, mauvais traitements de prisonniers de guerre, exécution d’otages, pillage de biens publics ou privés, destruction sans motif des villes et villages… ;

– crime contre l’humanité, c’est-à-dire tout acte inhumain commis contre les populations civiles, toute persécution pour motifs politiques, raciaux ou religieux.

Le verdict est rendu le 1er octobre 1946 : 12 sont condamnés à mort, 3 à la prison à vie, 4 à des peines de 10 à 20 ans ; 3 sont acquittés.

 

Le tribunal de Nuremberg

Le tribunal de Nuremberg

Une image de la justice

Déjà en 1918, nombre de généraux et d’hommes politiques français avaient souhaité constituer un tribunal pour juger Guillaume II et les chefs militaires allemands. Mais ce sont les atrocités de la deuxième guerre mondiale qui provoquent, pour la première fois dans l’histoire, la création d’un tribunal affirmant juger au nom de la conscience universelle.

 

Les limites du procès

Le procès, pour lequel il fallut, au préalable, définir une loi écrite internationale, érigeait en quelque sorte les vainqueurs en juges des vaincus : il parut donc partial aux Allemands, d’autant plus qu’il n’inscrivait pas dans sa compétence les exactions causées par des chefs alliés.

Le juriste Robert Jackson, procureur des États-Unis, présente un argument à la cour

Le juriste Robert Jackson, procureur des États-Unis, présente un argument à la cour

Pour exemple, le procès a occulté l’exécution par les Soviétiques de 4 500 officiers polonais découverts dans le charnier de Katyn, tout comme les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par l’aviation américaine. Par ailleurs, de nombreux responsables nazis en fuite ont échappé à son verdict et certains d’entre eux ont même été utilisés et protégés par les Alliés eux-mêmes, à l’époque de la guerre froide.

À l’inverse, le procès pouvait passer pour être celui de la nation allemande dans son ensemble. Or il existait des familles allemandes anti-hitlériennes et parmi les alliés, on comptait aussi des collaborateurs au régime hitlérien.

Ernst Kaltenbrummer plaidant non coupable durant son procès

Ernst Kaltenbrummer plaidant non coupable durant son procès

Du moins les accusés purent-ils librement choisir leurs avocats et présenter le système de défense qui leur paraissait le plus efficace.

Mais le grand succès du procès de Nuremberg a sans doute été, au-delà de la condamnation et du châtiment des coupables, de démonter le mécanisme de destruction mis en place par les nazis (le processus de dénazification en Allemagne devait suivre), et de faire reconnaître juridiquement les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité tout en définissant le crime de génocide.

 

L’introduction d’une justice internationale

Dans son principe, ce procès représente quelque chose de positif puisqu’il constitue une première pierre de l’édifice d’une justice internationale. Le tribunal de Nuremberg a ébauché de fait une juridiction internationale qui s’exprime aujourd’hui dans deux instances créées par le Conseil de sécurité de l’ONU :

– le tribunal pénal international de La Haye pour juger les crimes de guerre commis dans l’ex-Yougoslavie, créé en 1993 ;

– le tribunal pénal international d’Arusha chargé de juger les instigateurs du génocide rwandais, créé en 1995.

Et l’on est en passe de mettre sur pied une Cour pénale internationale, susceptible de juger tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, où qu’ils aient été commis. Son avenir dépendra de la volonté de la  » communauté internationale « …

Trois dates à retenir dans l’édification de la justice internationale :

En 1948, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une convention pour prévenir et punir le crime de génocide.

En 1964, les crimes contre l’humanité ont été décrétés imprescriptibles.

En 2000, la route est ouverte vers une Cour pénale internationale à l’échelle planétaire…

 

Les condamnations

Motifs d’inculpation :
Crimes contre la paix , préparation de guerre d’agression , crimes de guerre , conspiration contre l’humanité.

Condamnés à mort:
GOERING : maréchal du Reich, commandant de la Luftwaffe, ministre de l’air, 1er ministre de Prusse, président du Reichstag (se suicide avant l’exécution)

STREICHER : directeur de journal antisémite, führer de Franconie.

FRICK : ministre de l’intérieur, Reichprotektor de Bohême-Moravie

RIBBENTROP : ministre des affaires étrangères

KALTENBRUNNER : plus haut dignitaire des SS et de la gestapo après Himmler

SAUCKEL : plénipotentiaire général pour la main d’œuvre

KEITEL : maréchal, chef d’État-Major

JODL : général, chef du bureau des opérations de la Wermacht

FRANCK : gouverneur général de Pologne

ROSENBERG: théoricien du NSDAP, ministre des territoires occupés de l’Est

SEYSS-INQUART : l’un des artisans de l’annexion de l’Autriche, commissaire du Reich pour les Pays-Bas

BORMANN : conseiller de Hitler, disparu le 2 mai 1945 et condamné par contumace

Prison :
HESS : dauphin de Hitler

prison à perpétuité

FUNK : ministre de l’économie

prison à perpétuité

RAEDER : commandant en chef de la marine

prison à perpétuité

SPEER : architecte, ministre de l’armement

20 ans de prison

VON SHIRACH : chef des jeunesses hitlériennes, gauleiter de Vienne

20 ans de prison

VON NEURATH : ministre des affaires étrangères reichprotektor de Bohême-Moravie

15 ans de prison

DOENITZ : commandant de la marine

10 ans de prison

Acquittés:
VON PAPEN : chancelier en 1932 vice chancelier du 1er gouvernement Hitler puis ambassadeur

SCHACHT : ministre de l’économie président de la Reichsbank

FRITZSCHE : chef des information au ministère de la propagande

 

Seules deux personnes admettront une part de responsabilités et des regrets pour leurs actions : Baldur von Schirach , le chef des Jeunesses Hitlériennes, et Speer le ministre de l’Armement et de la Production (tous deux condamnés à 20 ans de prison).

Sources : Espace-citoyen.be et Lescamps.org