France, 1939

Cuirassés rapides français

Comptant parmi les plus puissants navires de guerre de leur temps, les deux Richelieu furent les derniers cuirassés Français. Ils eurent un destin particulièrement intéressant et typique du sort de la marine Française durant cette période.

 

Le Richelieu à son arrivée à New York fin 1942

Le Richelieu à son arrivée à New York fin 1942

Après la sortie des Litorrio Italiens, les Dunkerque Français se trouvaient dépassés en calibre, puissance de feu et protection. Le tonnage restant alloué à la France lui permettait de mettre en chantier deux nouvelles unités de 35 000 tonnes en standard, mieux protégées tout en alignant des pièces d’un calibre supérieur. Afin de simplifier les délais d’étude, on se pencha naturellement vers les deux Dunkerque dont les principales solutions furent reprises. Ainsi, globalement, le Richelieu et de Jean Bart furent définis en 1935 comme des Dunkerque agrandis: Ils en reprenaient la disposition de l’artillerie et des superstructures, du dessin de la coque, mais avaient une vitesse (30-32 nœuds) supérieure grâce à une puissance portée à 150-165 000 cv, le calibre de leur artillerie principale s’établissant désormais à 380 mm, le nouveau standard des navires de ligne, et ils optaient pour des tourelles triples à pièces strictement anti-navires (152 mm), la DCA étant assurée par des tourelles doubles de 100 mm, et des affûts de 37 et de 13,2 mm. Grâce à un hangar plus profond et à deux catapultes, ils pouvaient opérer trois hydravions (Loire 130) au lieu de 2.

Enfin, ils se signalaient par une bien meilleure protection, avec un blindage allant jusqu’ à 450 mm (tourelles). Des compartiments anti-torpilles plus sophistiqués étaient également ajoutés. Le Richelieu et le Jean Bart devaient remplacer le Paris et le Courbet (1911-12), arrivés au terme de leur carrière. L’architecte naval qui les dessina opta également pour une solution unique et originale d’un « mât-cheminée », intégrant dans un même espace les conduits des chaudières tronqués vers l’arrière et une pesante tour de télémétrie. Les Américains, et les alliés en général eurent tout loisir de les observer, et ce « mack » devint après-guerre le standard des aménagements de ce type pour tous les navires militaires modernes, car il était bien adapté aux mâts radars.

Ils furent entamés à Brest et Saint-Nazaire en 1935 et janvier 1939 pour le second, et lancés en janvier 1939 et mars 1940 pour le second. On avait accéléré leur construction du fait de la survenance de la guerre. Cependant, le Richelieu n’était pas encore achevé lorsque l’armistice fut signé et il dû rejoindre Dakar en catastrophe pour éviter sa capture. C’est là qu’il subit le 24 septembre 1940 une attaque menée conjointement par la marine Britannique et les FFL à l’instigation de De Gaulle, qu’il repoussa:

Étant d’un potentiel renfort d’une valeur inestimable, le Richelieu et son sister-ship pouvaient, entre de mauvaises mains, faire basculer l’équilibre des forces en Méditerranée au profit de leurs utilisateurs. Ils devenaient donc des cibles privilégiées pour Churchill, qui estimait ce risque bien trop important à courir. De ce fait, le Richelieu, basé à Dakar et commandant la côte Atlantique depuis l’Afrique fut à maintes reprises attaqué par les Britanniques. Le 8 juillet 1940, Il fut attaqué au titre de l’opération « catapult » par des vedettes lance-torpilles. Lors d’une attaque ultérieure menée par les Bombardiers-torpilleurs Fairey Swordfish de l’Hermes, il fut atteint d’un impact qui déchira son ballast et l’empêcha de quitter la rade. Cependant il parvint à endommager les cuirassé HMS Barham. Il resta en rade pour de plus amples réparations jusqu’en fin 1942, avant de gagner le port de New York.

Au terme d’une modernisation complète, en octobre 1943, il perdit hydravions, hangar et catapultes pour allègement, reçut des radars, une puissante DCA (14 affûts quadruples de 40 mm, 48 simples de 20 mm) et sa nouvelle livrée camouflée. Il rejoignit la Home Fleet afin de prendre en charge l’escorte des convois de Mourmansk depuis Scapa Flow et l’Islande: La menace des navires de ligne Allemands ancrés dans les Fjords Norvégiens et de la Luftwaffe faisait craindre à l’amirauté Britannique une sortie prolongée, alors que le Richelieu était une recrue dont la perte n’entraînerait pas de saignée dans ses effectifs… Les FFL, déjà très présents dans ces conditions particulièrement rudes sur des corvettes de la classe « Flower » sur ce secteur, reçurent le renfort de cette unité majeure avec le plus grand enthousiasme. Mais cette peur de perdre des unités de ligne était aussi la hantise personnelle d’Adolf Hitler depuis la disparition du Bismarck et le Richelieu n’eut jamais à combattre d’unité de surface Allemande majeure comme le Tirpitz ou le Scheer. En Mars 1944, il quitta les eaux glacées de la Russie pour l’océan Indien. C’est là, associé à la Home Fleet et à l’US Navy, qu’il fut basé à Trincomanlee, participant à diverses opérations navales et bombardements côtiers, mais sans avoir à affronter de navire Japonais. Lors de la Capitulation de l’empire en septembre 1945, il resta en sur place afin d’assurer la présence Française lors de la guerre d’indépendance Indochinoise. Il fut rapatrié en métropole puis désarmé en 1959, y restant quelques années encore (1964) comme ponton de service.

Le Jean Bart était par contre en achèvement, terminé à 77% à Saint Nazaire lorsque les troupes Allemandes se trouvèrent aux portes de la ville. Il appareilla dans des conditions rocambolesques et un équipage réduit et gagna Casablanca. Il y fut attaqué le 8 juillet 1940 (Catapult) mais résista grâce à son unique tourelle de 380 mm installée. En novembre 1942, lors de l’opération Torch, ses canons pilonnèrent les forces alliées tentant de débarquer pour prendre la ville. Il fut de nouveau endommagé. Devant la faiblesse des moyens disponibles, on ne put l’achever et en 1946, il fut conduit à Brest pour son achèvement définitif. Mais à cette date, les concepts de la stratégie navale avaient étés bouleversés et le Jean Bart fut entièrement repensé comme un cuirassé antiaérien. Après de profonds travaux, il fut mis en service en 1955 sous une apparence très différente de son frère. Après le Vanguard Britannique, il fut en fait le dernier cuirassé construit dans le monde, et le premier achevé durant la guerre froide. Il sera désarmé en 1961, et servit de ponton à Toulon jusqu’en 1970.

Les deux Richelieu devaient êtres suivis du Clémenceau, entamé en 1939 pour un lancement prévu en 1943). Mais à la capitulation de juillet 1940, la coque, tout juste en état de flotter, sera immergée par les allemands en 1943 pour bloquer l’accès au port et bombardé en 1944. Il possédait quatre tourelles de 152 mm au lieu de trois, perdant du même coup son hangar. Le Gascogne et les unités suivantes, prévues pour un lancement en 1944, différaient des premiers par la répartition de leurs tourelles principales, une à l’avant et une autre à l’arrière. Leurs arrangements de superstructures et d’artillerie secondaire étaient différents et leur armement AA accru. Ils étaient également plus lourds (38 000 tonnes en standard), mais aucun ne dépassa le stade de la planche à dessin bien que Vichy ait envisagé un temps de construire le premier.

 

Spécifications techniques

Déplacement 35 000 t. standard -47 600 t. Pleine Charge
Dimensions 248 m long, 33 m large, 9.6 m de tirant d’eau
Machines 4 hélices, 4 turbines Parsons, 6 chaudières Indret, 150 000 cv
Vitesse maximale 30 nœuds
Blindage Ceinture 340-180 mm, ponts 160-35 mm, tourelles 445 mm, Tourelles secondaires 130 mm, blockhaus 440 mm
Armement 8 pièces de 380 mm (2×4), 9 pièces de 130 mm (3×3), 12 de 100 mm (6×2), 8 de 37 mm (4×2), 16 de 13.2 mm AA (4×4), 3 avions
Équipage 1 550