URSS

Prologue

Avant la marine soviétique, il y avait la marine Russe. Or cette dernière du temps des Tsars était de composition relativement récente (du XVIIe siècle, Pierre le Grand). Dirigeant une colossale puissance continentale, le pouvoir Russe n’avait guère d’intérêts pour la chose maritime. Mais bien avant que ce vaste pays ne s’assure des débouchés sur la mer noire ou en baltique, les Slaves possédaient des rudiments solides du commerce maritime au long cours, mené d’abord et avant tout par des embarcations fluviales, des canoés, puis les navires de nature scandinave, influencés par la construction vénète (l’actuelle Pologne ). Les navigateurs Slaves vont au moyen-âge mener des équipées aussi hardies que celles des Vikings sur leurs Lodyas, répliques Russes des Drakkars, mais originairement monoxyles (dérivés de pirogues). Certaines villes, comme Kiev et Novgorod, avaient joui dès cette époque d’une certain rayonnement grâce au commerce maritime, sur un réseau de routes allant des villes Scandinaves et Hanséatiques jusqu’à Constantinople, et en Grèce.

 

La flotte soviétique

La flotte soviétique

 

Il y avait dès cette époque un embryon de force navale, car de vastes flottes furent lancées contre Constantinople par les princes. La mer noire est certainement le berceau de la flotte russe, et son école de guerre. Un commerce débutait également en baltique, avec les villes de la Hanse, mais le manque de grands ports côtiers en empêcha le développement. De plus la piraterie commença un véritable essor au XVe siècle, les Tsars apportèrent une solution en finançant la protection de leurs navires par les Danois, achetés à prix d’or grâce aux bénéfice de ce commerce. La menace des Tatars, des Mongols, et des Chevaliers Teutoniques étant passée, un nouvel adversaire en Baltique se présenta: La Suède. Au début du XVIIe siècle, la maison des Romanov succéda à la maison des Rurik. Des troubles marquèrent cet interrègne, en mer d’Azov et en mer noire, ce sont les expéditions cosaques qui défendirent les intérêts du Tsar. Mais ceux-ci opéraient plus souvent à terre, ou dans de solides galères, lointains dérivés des Lodyas.

Il faudra attendre le règne de Pierre le Grand ( 1682 ), pour voir la Russie s’intéresser vraiment à la possession d’une flotte militaire. Très influencé dans sa jeunesse par tout ce qui touchait aux navires, il fonda en 1693 le port d’Arkhangelsk en mer blanche. Mais ce dernier était prisonnier de son glacial climat et de son enclavement saisonnier. Il pensait à assurer surtout un débouché durable en mer noire, et cet accés n’était bloqué que par la forteresse Turque d’Azov. Avec ses quelques premier navires, construits avec le concours d’un Suisse Francophone, Franz Lefort, futur amiral, il bâtit sa première force de vaisseaux et de galères, commandés par les cosaques, et acheva le siège de la forteresse par sa capture. Après cette première victoire, il créa en 1696 officiellement la flotte Russe. Celle-ci n’aura pas l’occasion de se distinguer, car bien que Kerch soit prise sans combat, les Turcs en vinrent à reconquérir en 1711 les territoires gagnés plus tôt, faute de renforts Russes. Plus que jamais déterminé à offrir à la Russie un autre port, Petr Velikiy ( Pierre le grand ) regardait en Baltique. Depuis des siècles la suède, forte de sa flotte, la plus puissante de cette mer intérieure, constituait un sérieux frein à la sécurité du trafic marchand et des intérêts Russes en général.

En 1701, une flotte Suédoise attaqua l’estuaire de la Dvina, avec comme objectif Arkhangelsk, sauvé par quelques navires Russes. L’année suivante, une victoire fut remportée sur le lac Ladoga. Enfin, en 1703, le Tsar posa la première pierre de la forteresse de Saint-pétersbourg, construite au milieu des sables et des marécages, commandant l’embouchure de la Neva. En 1704, une nouvelle attaque Suédoise fut brisée sur les feux de la ligne de bataille Russe soutenue par les grosses pièces des batteries de l’île de Kotlin et de Kronstadt. Enfin, en 1709, ce fut la victoire de Poltava. En 1715, l’académie navale de Saint-Petersbourg fut fondée, tandis que le Tsar ordonnait la construction d’une vaste flotte de galères, les Skampayevas, destinées à constituer la base de sa flotte de la baltique. Cette même année elle les engagea dans la grande bataille de Gangut, qu’elle remporta. En 1721, la position dominante de la Suède appartenait au passé, et Pierre le Grand avait réalisé son rêve.

Après son règne, la flotte Russe fut organisée autour de ce port, le pivot de la flotte de la baltique. La marine fut réorganisée, codifiée. A partir de 1730, plusieurs expéditions allaient à la suite de Béring préciser la cartographie des îles Kouriles et du Kamchatka, sans trouver encore la route des Indes et de la Chine. En 1736, la forteresse d’Azov était reprise, permettant de nouveau un débouché sur la mer noire. A partir de 1762, Catherine II commença à reprendre le rêve de Pierre Ier et lança la construction d’une flotte en mer noire, la flotte d’Azov, les Turcs étant toujours menaçants. Cette flotte allait bientôt se distinguer en Méditerranée, repoussant les Turcs en mer Égée dans la bataille de Chesma, puis consolider ses positions par la prise de Patras en 1772. En 1782 la Crimée fut annexée à la Russie, et la forteresse de Sévastopol fut fondée, base principale de la flotte de la mer noire. Elle allait prouver son efficacité à la bataille d’Ochakov, en 1788.

Lentement mais sûrement, les bases des différentes flottes se mettent en place, l’organisation se complexifie, les budgets sont en augmentation. En 1791, la paix est signée pour un temps avec la Turquie, qui confirme le rattachement du Kouban et de la Crimée à la Russie. En 1798, une école d’ingénieurs et d’architectes navals est formée à Saint-Pétersbourg. Désormais, la Russie ne doit plus être dépendante d’une assistance étrangère dans la conception de ses navires. Mais en 1805, la guerre reprend une fois de plus avec la Turquie, elle durera jusqu’en 1812, ne cédant qu’avec la menace Napoléonienne. Le péril Français passé, la Russie s’essaie à la Vapeur, et c’est Saint-Petersbourg qui aura la primeur du premier navire ainsi propulsé en Russie, l’Elisabeta, en 1815. En 1823, la première canonnière à vapeur est acceptée en service, il s’agit du Meteor. Toutefois, comme les autres grandes puissance navales, la flotte soviétique compte avant tout de hauts trois et quatre-ponts et des frégates en bois et à voile.

La flotte de la mer Noire aura l’occasion de se distinguer une fois de plus avec les alliés Français et Britanniques du moment à Navarin, en 1827, probablement la dernière grande bataille en ligne de vaisseaux à voiles, et qui défait une coalition Egypto-Turque. Par ailleurs, sur le plan technologique, la Russie prend un certain ascendant en concevant le premier submersible en acier en 1834. En 1866, l’ingénieur Aleksandrovsky parviendra à concevoir le premier submersible doté d’un moteur à air comprimé. Mais l’Amirauté ne lui prête encore que peu d’attention. En 1848, l’Archimede devient, comme le navire du même nom en Grande-Bretagne, son premier bâtiment à « vis sans fin » (hélice). Pendant la guerre de Crimée, la bataille de Sinope, le 30 novembre 1853, met fin à de nouvelles velléités de reconquête Turques: Elle s’achève par un désastre pour leur escadre, et le triomphe de l’amiral Nakhimov.

Les années 1860-70 sont riches en bouleversements dans la technique navale: Tandis que les Français lancent le premier cuirassé Gloire, suivi par les Britanniques avec le Warrior, la Russie lance le Sébastopol en 1864, suivi du Petropavlovsk, et des trois Pervenetz. En 1867, elle lance son premier cuirassé à batterie centrale, le Kniaz (Comte) Pojarski, suivi de son premier cuirassé à tourelles, le Minin, en 1869. Elle s’équipe de monitors dès 1864 pour sa défense côtière, puis développe des projets singuliers, comme les batteries cuirassées à coque concentrique Popov et Novgorod, en 1872-75, les seuls de ce type jamais construit dans le monde. Mais elle disposait encore de sa flotte de ligne classique, tous construits ou convertis à la vapeur: 4 trois-ponts, 6 deux-ponts, 9 frégates et 26 corvettes.

En 1877-78, une nouvelle guerre Turco-Russe éclate, et cette fois de nouvelles armes sont employées par la Russie, notamment des submersibles équipés de mines destinés à opérer à partir de forteresses côtières. Développés par le talentueux ingénieur Polonais Stefan Drzewiecki, ils entrent en service et sont construits en série spécialement pendant ce conflit. par ailleurs, un ancêtre des torpilleurs est expérimenté avec succès. Drzewiecki, qui créa aussi le premier submersible électrique en 1884 va faire progresser considérablement la science navale dans ce domaine et donner une certaine avance à la Russie.

La marine soviétique continue à croître de manière exponentielle, à partir de 1886. Le dernier des Romanov, le Tsar Nicolas II, avait fait accélérer le rythme des constructions à partir de 1897 à un tel point qu’en 1904, à la veille de la guerre Russo-Japonaise, elle avait atteint le troisième niveau mondial en tonnage. Mais ces effectifs impressionnants étaient répartis, comme toujours entre la mer noire, la Baltique, le Pacifique ( Port Arthur ), et la flotte du Nord ( Arkhangelsk ). En 1904, elle alignait 28 cuirassés, 13 croiseurs-cuirrassés, 18 croiseurs, une trentaine de canonnières, une centaine de destroyers et trois cent torpilleurs, et, plus rare en 1904, une flotte opérationnelle de 8 submersibles. La suite est connue: La flotte du pacifique fut attaquée par surprise au mouillage en rade de Port Arthur par un raid de torpilleurs et de destroyers, et devint le Pearl Harbor Russe: Tout sa flotte fut anéantie. Elle dépêcha alors sa flotte de la baltique en totalité, qui effectua un long périple de 8 mois. Ceci laissa aux Japonais le temps de débarquer des troupes et de mettre le siège à Port-Arthur. Le sort des armes sera scellé en 1905 à Tsushima, date la plus funeste pour la flotte Russe qui perdait d’un coup la totalité de la flotte de la Baltique, 12 cuirassés, en sortant presque désarmée avec les seuls effectifs de la mer noire et de l’arctique.

Les conséquences en seront considérables. Elles font partie du mécontentement qui aboutit en 1917 à la révolution. Par ailleurs, si la flotte continua ses constructions après 1905 ( elle développa notamment un nouveau type de destroyer destiné à lui donner une suprématie navale, le Novik, mit en service le premier submersible mouilleur de mines au monde, le Krab, et mit en chantier 8 dreadnoughts et 4 croiseurs de bataille ), elle participa aux opérations de la grande guerre, en particulier en Baltique. Le potentiel qui lui restait était bien moins important et tout sera balayé durant la guerre civile. Près des trois quart des unités survivantes finiront à la casse, faute d’entretien, un sort assez similaire à celui de la flotte soviétique contemporaine…

 

La marine Soviétique en 1941

Lorsque la seconde guerre mondiale éclate en septembre 1939, la marine soviétique est en cours de constitution: Le plan de 1933 succède au plan quinquennal de 1926. Elle part pratiquement de rien: Depuis 1917, les unités de la flotte Tsariste se voient immobilisés dans les ports ou désactivés. La guerre civile que se livrent blancs et rouges n’améliore rien, et les matelots comme les ouvriers des chantiers navals prennent les armes dans l’un des deux camps. En 1921, l’URSS naissante en émerge avec une situation économique catastrophique, des infrastructures détruites, un manque de personnel compétent. Les cadres de la flotte, fidèles au Tsar pour la plupart, ont disparus dans la tourmente. De cette flotte impériale, la troisième au monde en 1905, avant Tsushima, il ne reste rien, que des épaves ou des coques inachevées… et quelques unités en Baltique, qui sans entretien ni personnel depuis des années, sont plus des épaves à flot que des unités mobilisables.

En 1921, le parti décide de reconstituer une flotte, en comptant des unités existantes en relatif bon état, étant donné le temps que prendrait pour rendre opérationnels les chantiers dévastés. Le bilan est fait des unités à conserver. Et il est lourd: Plus de 75% des navires survivants encore à flot sont dans un tel état et d’une telle ancienneté, que l’on décide de les envoyer à la casse, notamment en Allemagne. Mais les efforts portent leurs fruits et en 1922, en se concentrant sur les unités de valeur, on parvient à mettre sur pied une « flotte » de la baltique comprenant 1 cuirassé ( classe Marat ), 1 croiseur, 8 destroyers et 9 submersibles; mais également 1 croiseur, 2 destroyers et 2 submersibles pour la mer noire.

En 1926, avec la remise en fonctionnement des chantiers, 2 autres cuirassés peuvent être remis en service, de même qu’1 croiseur, 13 destroyers, 14 submersibles. Le plan de reconstitution de la flotte marchande avait été entamé en 1925 et on se préparait naturellement à faire de même pour la flotte soviétique. Approuvé en novembre 1926, ce plan quinquennal prévoyait la construction de 12 submersibles, 18 gardes-côtes, 36 VLT, ainsi que la modernisation de deux croiseurs, 4 destroyers et quelques autres unités. Ce plan fut révisé en 1929, avec l’autorisation de construction de trois destroyers lourds, 10 submersibles, 16 VLT et deux monitors fluviaux. La refonte des trois cuirassés et d’un croiseur était également à l’étude. Le second plan quinquennal de 1933 commençait un virage alors même que la stratégie de défense navale, comptant sur un grand nombre de submersibles et de vedettes lance-torpilles, de gardes-côtes et de monitors fluviaux, avaient les faveurs de l’état-major. Ce plan mettait l’accent sur les submersibles, dont 355 étaient programmées, de même que 194 VLT et 4 monitors fluviaux, mais aussi 10 destroyers lourds conducteurs d’escadre et 20 destroyers. Il fut remanié pour s’établir finalement à 155 submersibles, 248 VLT, 49 destroyers et 9 conducteurs d’escadre, mais aussi 4 croiseurs lourds.

Techniquement, les soviétiques étaient très demandeurs de conseils et d’aides d’ingénieurs Français, Allemands, Anglais, et surtout Italiens. ces derniers conçurent intégralement, à défaut de les construire, les premiers croiseurs soviétiques modernes (Kirov), apportèrent leur savoir-faire sur la nouvelle classe de destroyers (Gnevnyi), et délivrèrent pour son compte le destroyer lourd Tashkent. Les Français furent consultés pour la conception des destroyers lourds de la classe Kiev, et les Allemands, sous couvert de leur bureau installé à la Hague, étudièrent des designs qui furent repris par les Russes pour leurs sous-marins, construisant même les premières unités de la série IX.

Le troisième plan quinquennal de 1938 était de loin le plus ambitieux, sous la direction personnelle de Staline, plus soucieux que jamais de donner à l’URSS une stratégie maritime passant de défensive à résolument offensive. Les tenants de la stratégie de défense au sein de l’amirauté ne se faisaient plus entendre… Les purges étaient passées par là. En fait, Jusqu’en 1943, ce plan prévoyait pour la première fois des cuirassés et croiseurs de bataille rapides, de ceux qui seront programmés et construits peu après la conférence navale de londres en 1936, mettant fin au moratoire initié à Washington. Il s’agissait exactement de 19 navires de ligne, 20 croiseurs, 18 destroyers conducteurs d’escadre, 145 destroyers, 341 submersibles, 514 VLT, et 44 monitors fluviaux. Ces chiffres furent réduits par la suite, et afin de pallier le manque de crédits, les classes étaient standardisées, en vue de simplifier la production.

Navires de ligne

Les forces soviétiques pouvaient compter en 1941 sur trois cuirassés dreadnoughts complètement reconstruits et modernisés, les Gangut ( Octyabrskaya Revolucya ), une solution économique à laquelle auront recours toutes les nations. En effet, en 1941, le nombre de nouvelles unités du type « super-dreadnought » ou cuirassé rapide, en service dans le monde était assez limité. Traité de Washington oblige. A l’époque où ce dernier était signé, la Russie en était naturellement exclue, étant encore en plein chaos. Ce fut ensuite le manque de budgets et d’infrastructures qui l’empêcha de se lancer dans ce type de projet. Mais à partir de 1935, l’Union Soviétique avait enfin la volonté et les moyens de concevoir de nouveau des navires de lignes. Aucunement bridée par un traité qu’elle n’avait jamais signée, elle était donc totalement libre de constituer une flotte sans limites de tonnage et des unités individuellement bien au-delà des standards de l’époque. Mais tel ne fut pas le cas.

L’URSS avait prévu ses navires de ligne, assez tardivement ( voir plus loin ). La flotte aurait pu être renforcée des vieux dreadnoughts Imperatritsa Mariya ( ancien nom Tsariste, lancés en 1913-14 ), mais des trois unités de la classe, seul le Volya survécut à la grande guerre, entra dans le camp des « blancs » durant la guerre civile et fut désactivé en 1925 et démoli en 1936, sous contrôle Français. Le grand cuirassé imperator Nikolai I, entamé en 1915, lancé en 1916, fut capturé incomplet et démoli par les Allemands pour éviter qu’il ne tombe aux mains des « rouges » en 1919. Les quatre puissants croiseurs de bataille de la classe Borodino, auraient également dû entrer en service en 1917-18, mais furent tous démolis annulés à cause de la révolution et démolis en 1923, sauf l’Izmail, sur lequel on continua à travailler quelques temps, et qui fut démoli, alors pourtant presque terminé, en 1931.

Premiers projets: Les cuirassés de la classe Sovietskiy Soyuz: Ces trois unités mises sur cale en 1938 et 1939 au titre du premier plan restèrent inachevées du fait des hostilités. les coques furent démolies dans les années 40. Les croiseurs de bataille de la classe Kronstadt, mis en chantier en 1939, n’étaient guère plus avancés.

Seconds projets: Au titre du plan de 1943-47, et revu pour le plan de 1950-56, les trois grands croiseurs de bataille de la classe Stalingrad, vit leur construction reportée aux années 50 et finalement furent démolis, priorité ayant été donnée à des navires plus raisonnables et modernes après la mort de Staline.

Croiseurs

En 1941, la flotte comprenait 8 croiseurs, les plus anciens étant le Komintern (ex-Pamiat Merkurya, 1904), navire-école; l’Aurora très célèbre, car avant d’avoir été conservé comme musée flottant de la révolution à partir de 1948, il fut remis en service en 1923, en tant que navire-école des cadets jusqu’en 1931, et resta en rade à Leningrad, jusqu’à l’invasion, bombardé par la Luftwaffe puis sabordé pour éviter d’être capturé. Il fut renfloué en 1944 et réparé, remis dans son état initial de 1917. Il est toujours visitable et constitue l’une des attractions touristiques Kitsch de Leningrad aujourd’hui.

Plus récents et donc de valeur militaire plus évidente, les croiseurs de la classe Svetlana, construits à partir de 1913 et d’une première classe qui devait comprendre 6 unités, subit les vicissitudes du conflit et seules les trois unités les plus avancées entrèrent en service, le Chevronya Ukraina (ex-Admiral Nakhimov) en 1927, le Krasny Krim (ex-Profintern, ex-Svetlana) en 1928, et le Krnasny Kavkaz (ex-Admiral Lazarev) en 1932. ce dernier, complètement reconstruit, n’avait plus rien à voir avec les deux autres. Les deux premiers avaient un valeur militaire toute relative de par leur conception surannée.

Les croiseurs les plus efficaces et les plus récents de la marine Russe étaient ceux de la classe Kirov et Maxim Gokiy. les premiers avaient étés construits comme les seconds en Union soviétique, mais leur conception était presque intégralement Italienne. De fait, ils rappellent certains navires de cette marine. Toutefois ils comportent certains particularismes comme l’adoption pour l’artillerie principal de tourelles triples de 180 mm, configuration inusitée ( standard 203 mm – ou 8 pouces, de croiseurs lourds ou 152 mm – ou 6 pouces, de croiseurs légers). Mais par leur tonnage et la comparaison avec des unités plus anciennes, ils entrent dans la catégorie des croiseurs lourds. Les deux Kirov étaient terminés en 1938 et 1940, le Maxim Gorkiy en 1940 et le Vyacheslav Molotov en juin 1941, le 6, presque 15 jours avant l’invasion Allemande (22 juin). Les deux autres unités de la classe, le Kaganovitch et le Kalinin, ne seront prêts qu’en 1943 et 1944. Enfin, les croiseurs de la classe Chapayev, mis en chantier en 1938-39-40, lancés en 1940 pour les premiers, ne seront terminés que bien après la guerre.

Destroyers

La flotte soviétique héritait du cheptel impressionnant de la marine Tsariste, dont la lignée des formidables unités dérivées du Novik de 1904, à l’époque le destroyer le plus puissant du globe. En réalité pratiquement toutes les unités anciennes avaient étés perdues dans la tourmente de la guerre civile. Toutefois, la flotte remit en état un certain nombre d’unités: En 1941, elle pouvait compter sur quelques navires de la classe Donskoi Kazak, ainsi que d’autres destroyers pré-Tsushima ( reclassés comme canonnières ) et 16 de la classe Novik. Les derniers dataient de 1914-16, les premiers de 1904.

Les destroyers lourds en service en 1941 étaient aussi appelés « conducteurs d’escadre », et il s’agissait d’unités de fort tonnage et et grande puissance dans leur catégorie, parfois assimilés à des croiseurs légers. Il s’agissait des 6 unités de la classe Leningrad, et du Taschkent. Ce dernier, contemporain des Kirov, était également conçu par les Italiens, mais il fut même construit en Italie, à Livourne. Il fut salué comme étant le plus « beau » navire de guerre de l’époque. D’autres destroyers lourds du même modèle que le Taschkent devaient êtres produits en URSS, les Kiev, mais il restèrent inachevés.

La plupart des destroyers standard étaient les unités du plan de 1936, de la classe Gnevnyi, qui comprendra 31 unités, et ceux de la classe Storozhevoi (20 unités), et l’unique Opytnyi. La classe Ognevoi était beaucoup plus moderne, mais les unités furent lancées en 1940, dont deux terminées en 1944 et les autres en 1945-48. Cette classe devait comprendre un premier groupe de 24 unités, mais il semble que seules 14 aient vu le jour.

Submersibles

Les stratèges de l’amirauté soviétique envisageaient une forme de défense navale proche des théories Françaises de la jeune école, comprenant peu d’unités lourdes mais beaucoup de vedettes lance-torpilles, de mouilleurs de mines, de submersibles et de gardes-côtes.

La flotte de submersibles Russes en 1941 était la plus importante au monde, devant l’Allemagne. Elle se classait en trois catégorie, les océaniques, les moyens (côtiers), et les légers (côtiers). Il y avait en outre des effectifs anciens en service, les 4 de la classe AG (1916-23), d’origine américaine, et le Bezbozhnik, un ancien submersible Britannique de la classe L, coulé par des destroyers « rouges » à Konstadt, puis capturé et remis en service en 1931.

Les plus anciens « croiseurs » étaient ceux de la série I, comprenant 6 unités (1928-29), suivi par la série II (6), la série XI (6), la série XIII et XIII bis (7 et 6). Ces derniers, assimilés en une seule grande classe « L », mouilleurs de mines furent terminés peu de temps avant, pendant ou après l’invasion. La série IV (1934) était une expérimentation malheureuse de « submersibles d’escadre », comprenant 3 unités, la série XI, d’océaniques du modèle standard (38 unités), et la série XIV (12), la dernière de ces grandes classes, achevée durant la guerre.

Les submersibles côtiers moyens ( classe générale Schch ), comprenaient les 4 unités de la série III, les 40 de la série V,V bis et V bis-2, les 33 de la série X et les 12 de la série X bis ( terminés durant la guerre ). La flotte de submersibles côtiers légers ( classe générale M ) comprenait les 50 de la classe VI et VI bis, et les 50 de la classe XII et XII bis dont les derniers entrèrent en service en 1942. Les unités de la série XV était entrés en service bien après l’invasion Allemande, les 3 premiers en 1941-42, et 3 autres après la guerre.

Divers

En 1941, la flotte Russe alignait un grand nombre de frégates garde-côtes, navires légers mais puissants: Il s’agissait des classes Yastreb (8), Albatros (12), Dzerzhinsky (2), Uragan (18) et Rubin (4). Ces derniers étaient apparentés aux dragueurs de mines côtiers de la classe Tral. Cette classe comprenait 48 unités, dont les dernières étaient en service juste au moment de l’invasion Allemande. les Russes disposaient aussi de 4 unités ex-lituaniennes capturées (T297), de vieilles unités comme l’Amur, les Minrep, Kluz et Udarnik, et le moderne T301. Suivront les navires du type T371, mais ces derniers n’entrent en service qu’à partir de 1943, et leur série se poursuivra jusqu’en 1956 à hauteur de 250 unités.

Elle mettait en ligne également des canonnières, les plus vieilles étant le Krasnoye Zamya, reconstruit, et 3 monitors fluviaux de la classe Shkval. Il y avait aussi le Korall, ex-lithuanien, intégré en juin 1941, les monitors fluviaux de la classe Udarnyi (2), Zheleznyakov (6), et les 1124/1125BKA et MBK, armés de tourelles de chars standard et dont 85 étaient en service en juin 1941, 68 en cours d’achèvement, et 110 rapidement terminés, au grand total 270 jusqu’en 1945. Des mouilleurs de mines étaient également parmi les effectifs, dont le Marti, ancien yacht impérial Shtandart entièrement reconstruit, et les deux Suurop (ex-estoniens), ainsi que les 2 mouilleurs de filets de la classe Oneya (barges reconverties en 1941). Par ailleurs, leur circulation en Arctique dépendait des quatre brise-glaces armés de la classe Yosif Stalin (1937-39).

Des chasseurs de sous-marins faisaient aussi partie de ses effectifs, les 6 du type MO2 et 80 du type MO4, 17 unités de la classe BO2, plus grands. Un des fers de lance de sa défense côtière était constituée d’une large flotte de vedettes lance-torpilles, les classe Sh4 (52), G5 (292), et D3, les derniers en grande partie construits pendant le conflit, dont une dizaine (sur 139) étaient en ligne en 1941. Les derniers, de la classe Komsomolec, ne seront construits qu’en 1944-45, et affectés contre le Japon.

Bilan ( sur ces bases sujettes à caution ): 44 garde-côtes, 57 dragueurs de mines, 98 canonnières dont 93 fluviales, 3 mouilleurs de mines, 126 chasseurs de submersibles et 400 VLT.

Nombres d’unités en 1941

Navires de ligne 3
Croiseurs 9
Destroyers 78
Submersibles 240
Divers 830

 

Fiches disponibles :

Cuirassés

Classe Marat

Croiseurs

Légers classe Chervona Ukraina
Lourds classe Gorkiy
Lourds classe Kirov
Léger Krasny Kavkaz

Destroyers

Classe Gnevnyi
Lourds classe Leningrad
Classe Ognevoi
Opytnyi
Classe Storozhevoi
Classe Sverdlov (Novik)
Lourd Tashkent

Submersibles

Océaniques Série I
Océaniques Série II
Océaniques Série IV
Océaniques Série IX//IX bis
Océaniques Série XII/XII bis
Océaniques Série XIII/XIII bis
Océaniques Série XIV
Côtiers moyens Série III
Côtiers moyens Série V/V bis
Côtiers moyens Série X/X bis
Côtiers légers Série VI/VI bis
Côtiers légers Série XII/XII bis
Côtiers légers Série XV

Gardes-côtes

Classe Dzerzhinsky
Classe Uragan
Classe Yastreb/Albatros

Dragueurs de mines

Classe Polukhin
Classe Tral
Côtiers classe T301/371

Divers

Monitors et canonnières
Chasseurs de submersibles
Mouilleur de mines Marti
Vedettes lance-torpilles
Canonnières de 2e classe

La marine Soviétique durant la « Grande Guerre Patriotique » ( 1941-45 )

Durant la guerre, la flotte soviétique reçut un certain nombre d’unités de la part des alliés: Le cuirassé Arkhangelsk (ex-Royal Sovereign, classe Resolution) était arrivé en renfort en août/septembre 1944, de même que le croiseur Murmansk, ex-USS Milwaukee, classe Omaha, en avril 1944. L’URSS reçut également un groupe de 8 destroyers ex-Britanniques ex-Américains, les fameux « four-pipers » des séries de 1917-19, sous le nom de classe Dostoinyi. 4 destroyers Roumains furent capturés par les Russes et intégrés en 1944 à la flotte de la mer noire. Il s’agissait des Letuchyi, Likhoi, Logkiy, Lovkiy, ex-Regele Ferdinand et Regina Maria, Marasti et Marasesti, de même que trois submersibles Roumains (S3, 4 et TS4 ex-Requinul, Delfinul, Marsuinul.). Elle intégrera à la flotte 4 autres submersibles ex-Lettons et ex-Estoniens (Ronis, Spidola, Kalev, Lembit), et reçut 4 submersibles Britanniques de la classe S et U, portant le nom de V1 à V4.

Des unités plus modestes furent également transférées, 28 escorteurs classe EK1 (ex-américains, classe Tacoma) en 1945, pour le front du Pacifique; 34 dragueurs de mines T111 (ex-américains, classe Admirable), dont 10 en 1943 et les autres en 1945; 15 dragueurs de mines côtiers ex-Britanniques en 1944-45; 43 dragueurs de mines légers (ex-classe YMS, américains) en septembre 1945, auxquels s’ajoutèrent les VLT de type Vosper (Britanniques, 90 délivrés en 1944-45), Higgins (Américains, 43 livrés entre 1943 et 1945), et Elco (Américains, 60 livrés en 1944-45, 202 autres livrés dont 53 en tronçons et pièces détachées). Les Américains livrèrent en outre à l’URSS 138 chasseurs de submersibles des classes SC, OTC et RPC à partir de la mi-1943.

Durant le conflit, les constructions gourmandes en hommes, comme celle des unités lourdes, cuirassés, croiseurs, furent abandonnées ou reportées, et les unités légères eurent la priorité (d’autant que les grands ports, du côtés Occidental en majorité, furent très vite capturés lors de l’avance Allemande). Outre les croiseurs Kalinin et Kaganovich (classe Gorkiy) suffisamment avancés pour être terminés, il y eut aussi deux destroyers de la classe Ognevoi, quelques submersibles de la classe Schch, M et K. Elle construisit également des dragueurs de mines de haute mer, de la clase Polukhin ( 6 unités entre 1942 et 1945 ), et les côtiers de la classe T301, 145 unités au total, 250 après la guerre. A la fin de la guerre, une vingtaine de VLT du type Komsomolec furent également délivrées pour affronter le Japon, 15 chasseurs de submersibles de la classe BO2, une vingtaine de monitors fluviaux de la classe MBK, un millier de vedettes légères de draguage de mines classes R, K et MSV, KM4 et KM5, ainsi qu’une centaine de vedettes de patrouille de la classe PK et MKM.

Toutes ces unités prirent une part active au conflit, et ce malgré le caractère principalement terrestre des opérations, car les monitors fluviaux étant l’une des cartes originales de l’arsenal Russe avec les trains blindés.

De nombreuses pertes furent à déplorer, aussi bien en mer noire qu’en Baltique, et surtout en Arctique où les U-Bootes faisaient un carnage, et ce malgré l’escorte considérable allouée aux transports d’armement et de ravitaillement vitaux pour l’URSS consentis à partir de 1942. Ces pertes concernent aussi bien les submersibles que les destroyers (plus d’un tiers), et des unités lourdes comme le cuirassé Marat, victime de la Luftwaffe, comme le croiseur Chervona Ukraina. La majeure partie de la flotte Russe fut victime de forces terrestre, parfois de l’artillerie sur rail ou tractée mise en œuvre par la Wehrmacht, et servant elle-même d’appui-feu des places-fortes de la mer noire comme Sébastopol, ou de la Baltique comme Leningrad. Le paradoxe de cette guerre était comme pour la campagne de France, l’inutilité d’une flotte dans les opérations principales de défense. Les seules unités massivement déployées et au contact direct de l’ennemi furent ainsi des centaines de canonnières fluviales blindées (sur la Volga, la Dvina, l’Amur et le Prut occidental, le Dniepr et le Don).

Les alliés critiquèrent vivement l’inefficacité ou pire, l’inaction des forces navales soviétiques présentes en Arctique. Les convois de Mourmansk et Arkhangelsk n’étaient en effet escortés que par des bâtiments Britanniques qui devaient en principe passer le relai à des unités Russes arrivées à mi-chemin. Or, pas plus la marine que l’aviation Russe, n’ayant aucune coordination et leurs initiatives individuelles freinées par une bureaucratie pesante, ne se montrèrent à la hauteur de leur tâche en face de la Kriegmarine et de la Luftwaffe opérant depuis leurs bases de Norvège. Il n’y eut sur place d’ailleurs que peu d’unités de valeur, ni croiseur, ni cuirassé, pour s’opposer aux navires de ligne et croiseurs Allemands avant le transfert de deux unités transférées au titre de la loi prêt-bail ( portant le nom des ports concernés par ces opérations ). Ces derniers étaient d’ailleurs âgés ( les USA comme la Grande-Bretagne répugnaient à confier aux « rouges », alliés de circonstance, des navires puissants, craignant sans doute de devoir les trouver en face d’eux plus tard ) et leur confrontation avec le Tirpitz ou même aux croiseurs de poche aurait été sans doute désastreuse. La Royal Navy préférait ne pas aventurer ses unités lourdes par peur de la Luftwaffe, ce qui fait que la défense des convois reposait sur des corvettes, frégates et destroyers, ou d’économiques porte-avions d’escorte.

Quand aux opérations en Finlande, elles reflétaient bien la défense opiniâtre et diablement efficace des Finlandais sur mer: Le golfe de Botnie, et le lac Ladoga entre autres, étaient truffés de champs de mines sur lesquels vinrent exploser un nombre considérable d’unités russes, la marine Finlandaise ayant été depuis 1939, capturée ou mise hors de combat pour sa plus grande partie. Le 8 août 1945, une courte offensive soviétique se déclencha avec les forces libérées du front occidental et transférées en Orient depuis le mois de Mai. La modeste flotte du pacifique y prit une part active. Le Maréchal Vassilievski engageait contre le général Otozo au Kuangtung plus de 1 200 000 hommes, 5500 chars et 4000 avions avec pour objectif une reconquête de la Mandchourie, de l’île de Sakhaline Nord, des Kouriles et du nord de la péninsule Coréenne, avant que la paix ne soit signée. En quelques jours, elle avança et encercla avec le concours de Tchang Kai chek depuis le sud, le gros des forces Nippones, qui capitulent le 19. Mais la campagne continua encore sur d’autres fronts -( notamment aux Kouriles, jusqu’au 1er septembre, date de la fin de la guerre.).

La singularité des « opérations navales » Russes n’apporta donc qu’un enseignement réduit à l’amirauté pour définir sa politique d’après-guerre. Elles ne firent que confirmer l’attachement à une politique de défense basée en majeure partie sur les submersibles et des unités légères. Il n’y avait que la volonté expresse de Staline pour persister dans une vision classique, voire passéiste des flottes de ligne, tout comme Hitler ou le Duce. La présence d’un porte-avions aurait été pourtant d’un grand secours afin, ne serait ce que de protéger ses unités, traquer les U-bootes, repousser la Luftwaffe. Le manque d’une véritable aéronavale se fit cruellement sentir: Cette dernière ne se constitua en tant que force de frappe efficace que dans les années 60. Enfin, le développement naval de l’URSS était encore en phase d’accélération en 1945: Lorsque le plan de réarmement arriva à son terme en 1958, la flotte soviétique se hissait au second rang mondial, passant devant la Royal Navy.